vendredi 23 novembre 2012

Sur le fil

Je suis la mère de Petite Elfe, depuis bientôt deux ans et demi. Deux ans et demi sur le fil...

Depuis plusieurs semaines, j'ai senti le vent du changement (pas le souffle venu de Hollande, non...le changement à la maison), je vois bien que son comportement est perturbé, j'entends bien ses peurs.
Et j'ai la sensation de plus en plus nette de marcher sur un fil, puis au moindre faux pas de chuter, pour devoir nous relever, encore, et repartir, espérant atteindre l'autre côté de la faille sans choir encore.

J'ai toujours donné le maximum de mon amour à mon enfant, sans la laisser pleurer (dans la limite des stocks de calme disponibles), en la serrant contre mon coeur si tel était son besoin.

J'ai toujours pensé que je devais lui "apprendre à faire seule" (Maria, si tu m'entends...), être là pour la guider sur le chemin de son autonomie.

Je ne sais pas vraiment quand tout a basculé. Quand de guidance, je suis revenue à gérance. Quand, loin de la serrer contre moi pour la réconforter, j'ai refermé mon amour sur elle pour l'empêcher de voler.

Comment brise-t-on sa promesse inconsciente? Pourquoi oublie-t-on qui l'on est?

Et puis j'ai atteint la limite. Alors j'ai ouvert les yeux. Et j'ai vu. Ce que j'avais fait, sans doute, trop engluée dans les méandres de mes propres problèmes pour me rendre compte à quel point mon enfant glissais dans sa propre souffrance.

Je me suis vue, finalement, l'empêcher de faire toute seule. Etre fatiguée d'être sans cesse l'objet de ses besoins mais ayant créé de toutes pièces probablement, cette situation. 
Je crois bien que j'ai fait tout ce que je m'étais jurée de ne jamais faire. Je crois que sans être consciente de cela, j'ai fait en sorte que ma fille redevienne totalement dépendante de moi. Accrochée à moi comme un jeune koala à sa mère. Refusant le contact avec les autres, refusant tout ce qui ne venait pas de moi. C'est commode, ça me permet d'exister, d'être le centre de son monde. Ca me permet de me raccrocher à elle lorsque tout autour s'effondre.

Ces derniers temps j'ai oublié qui je suis.  J'ai tressé moi-même brin à brin le fil sur lequel nous marchons.

Mais j'ai compris. Pleuré aussi. Beaucoup.

Et puis...tout doucement... j'ai recommencé l'apprentissage. Lui montrer qu'elle peut voler de ses propres ailes, des ses propres Elle. Ne plus faire pour elle mais avec elle. Tenir sa main, oui, mais surtout faire en sorte qu'elle s'autorise à le faire parce que je lui en aurais laissé la latitude.
La laisser retourner vers les autres, ma petite fille au grand coeur et au sourire immense. Lui montrer que j'ai suffisamment confiance en elle pour être sûre qu'elle saura toute seule où elle se sent bien.

Chaque "victoire" emplit mon coeur de joie. Je me rends compte que tout va très vite, elle est intelligente cette petite, mine de rien (comme sa mère. Hum). En quelques jours les pleurs se sont estompés considérablement, les nuits sont redevenues plus sereines. Les couchers remplis d'amour, de calme et de confiance. Les matins douceurs sont revenus sans pleurs.
En quelques jours, elle a grandi parce que je l'ai laissée le faire. Parce que j'ai RE-pris ma place d'adulte. Parce qu'au fond je suis une femme (et une mère) responsable, je crois. Parce que mon Bonheur n'appartient qu'à moi et que j'en suis la propre actrice.

Parce qu'elle est une enfant, mais qu'aujourd'hui autant que lorsqu'elle aura 20, 30 ou 40 ans je n'ai pas le droit de lui voler sa vie. Etre mère, c'est lui donner les plumes pour qu'elle s'envole. Et souffler, doucement, pour qu'elle prenne le vent.

Et cesser, enfin, de marcher sur le fil.

vendredi 16 novembre 2012

Elle...

Je ne crois pas au hasard. De fait, je pense qu'il était écrit quelque part, sur une étoile ou sur un oreiller ou au fond de la galaxie que nous devions nous rencontrer.

Cela fait un an que l'on a échangé nos premiers mots, sans se connaître, sans savoir rien l'une de l'autre que ce témoignage que j'avais déposé à l'époque dans le secret d'un blog.

Elle a dans la voix ce soleil qu'elle a laissé derrière elle et qui chaque fois me redonne le sourire.
Elle a dans le cœur une place immense.
Elle a le courage démesuré d'exercer le travail qu'elle a choisi et j'admire la manière dont elle fait face à tout ce qui se présente.
Elle a passé récemment 8 heures dans le train en deux jours, pour passer une soirée concert avec moi.
Elle est un peu comme moi, et en même temps si différente.
Elle a aussi fabriqué une petite princesse au caractère bien affirmé.
Elle est sans doute la seule fille qui pourrait me supporter à long terme avec qui je pourrais vivre.
Elle a un forfait "Mamanelfeillimitix" et il manque toujours un petit quelque chose à ma journée quand on ne s'est pas appellées.
Elle est toujours là depuis 12 mois, dans les bons comme dans les mauvais moments.
Elle a un don pour me faire rire quand elle téléphone pour poser juste une question...toujours hyper incongrue (en vrai, elle est un peu folle comme moi, mais chut, ne lui dites pas que je l'ai dit)
Elle sait bien que si je ne donne pas de nouvelles pendant quelques temps j'ai besoin de ma solitude, elle le respecte et elle ne me le reproche pas.

Hier, elle fêtait ses 20 ans (bon, d'accord, un peu plus...). Alors...Si j'avais été moins loin (moins pauvre aussi), j'aurais pu l'inviter au resto. Ou venir sonner à sa porte avec mon costume elfique et mes grandes oreilles pointues (mais peut-être que ses voisins auraient alors appelé la police et que ça aurait très mal fini pour un anniversaire). J'aurais pu lui faire livrer 20 (et quelques) roses pour lui montrer à quel point elle compte pour moi (mais le bouquet, sa maman m'a piqué l'idée... et je suis toujours pauvre, si vous suivez...). J'aurais pu au moins écrire ce billet hier (si seulement je n'avais pas eu à la maison une Petite Elfe en perdition de l'oreille droite).

Comme je n'ai rien fait de tout ça, j'ai décidé de juste rassembler ces quelques mots ici, parce que je sais bien qu'elle me lit...parce qu'elle mérite bien que tous mes lecteurs sachent qu'elle est une fille géniale. Parce qu'elle est mon amie...

Ma Petite Maman préférée... Que cette année de ta vie qui commence déroule le long chemin d'un Bonheur infini. Bon anniversaire!

dimanche 14 octobre 2012

C’est l’histoire d’une fille….



Qui n’était même pas inscrite sur facebook il y a deux ans, « fesse de bouc », comme elle disait pour se moquer des copines accro. Puis qui un jour, lassée d’entendre que tout le monde savait pleins de choses qu’elle ignorait grâce aux fameux réseaux sociaux se dit « allez, c’est mon tour. »

Cette fille, elle avait 25 ans. Cette fille, c’est moi. Un an après l’inscription qui a changé le cours de ma vie, poussée par le désir d’écrire, j’ouvre alors cette espace, le mien, là où je vais pouvoir parler de ma vie, exorciser mes peurs, dépasser mes colères, partager un peu de ma vie avec toi, avec vous… 


C’est l’histoire d’une fille qui se réveille un matin en se rendant compte qu’elle pense en termes de statut facebook. Genre « oh, il m’est arrivé ça, je pourrais le tourner comme ci, comme ça… ». Une fille qui regarde les derniers mois autrement, et qui se dit que certaines choses doivent être changées.

Oui, finalement, facebook a changé ma vie. J’ai rencontré des ami(e)s merveilleux(ses), des gens qui comptent énormément pour moi. J’ai aussi retrouvé ma moitié que je cherchais dans cette vie depuis 27 ans sans espérer que mes doigts retrouvent les siens. Un hasard incroyable. Ou pas. Je ne crois pas au hasard.

Facebook, c’est aussi l’espace de mes désillusions : une histoire pleine de promesses qui tourne mal et me blesse plus que je n’ai jamais voulu l’avouer, une branche de mon arbre familial qui se brise, mon temps qui disparaît dans le trou noir des amitiés factices. Facebook, c’est aussi mes nuits à nouveau ridiculement courtes, et pas pour cause de bonheur installé dans le berceau tout proche. Facebook, ce sont des dizaines d’ « amis » qui ne m’ont même jamais laissé le moindre petit mot. 

Facebook est devenu également l’espace qui concentre tout ce qu’il y a de pire en moi (en nous ?) : le besoin de savoir, de fouiller dans la vie des gens, en quelque sorte. Alors pourquoi ? Pourquoi alors qu’en général je ne regarde jamais la télé, que j’abhorre les émissions du type « Secret Saloperie », tout d’un coup je me mets à pratiquer une forme de voyeurisme ?

En parallèle, je rentre dans le jeu, facebook est tout autant devenu une façon d’étaler certaines parties de ma vie, comme pour exister. J’ai toujours eu besoin d’exister, depuis ma plus tendre enfance dans laquelle mes peurs ont pris racine. Facebook a accentué ce besoin, ce qui était au début un « remède » est devenu pire que le mal.

Alors voilà.Aujourd'hui j'existe. Dans leurs regard, dans le champ d'amour que l'on cultive. Dans ma condition de mère. Dans mon boulot. Aujourd'hui je me sens en équilibre. Aujourd’hui mon existence est ailleurs. Elle est dans les yeux de ma fille, dans la main de l’homme que j’aime. Dans les longues balades dans les bois, dans les moments à deux, à trois. Dans le partage d’un après-midi avec des amis qui débarquent à la maison, répondant à un appel au secours. Dans les projets d’avenir qui emplissent ma tête. Dans l’envie de fonder une grande et belle famille. Dans le besoin d’être moi, entière et entièrement disponible pour Lui, pour Elle, pour Nous.

Je ne sais pas ralentir, je ne sais pas encore très bien me situer dans la demi-mesure. Je n’ai que 27 ans et la vie devant moi. Ma vie. Celle qu’aujourd’hui je reprends. Aujourd’hui, je suis venue vous dire que je ferme doucement la porte « facebook ». Avec un petit pincement au cœur sans doute, avec un énorme soulagement à la clé. Je ne dis pas que facebook m’a fait mal, je dis que je n’ai pas su me protéger, nous protéger.

Le blog, lui, continue d’exister. Ecrire, c’est vital pour moi, pas question que j’abandonne.
Alors…pour continuer à suivre mes publications, je vous conseille de vous inscrire à la newsletter, afin de recevoir dans votre boîte mail un petit courrier à chaque fois que j’écris. Et puis de cette manière, c’est une autre relation qui se tisse entre l’auteur et le lecteur. S’inscrire pour recevoir mes billets, ce n’est pas juste cliquer sur « j’aime » en ayant oublié le sens de ce mot. 

Pour le reste… je suis toujours joignable sur mamanelfe@gmail.com …je réponds toujours aux mails que je reçois et que j’aime recevoir, d’ailleurs.

Pour mes amis, les réels, ceux qui le sont devenus…je ne suis pas loin, vous le savez. J’ai une adresse mail que je consulte chaque jour, un téléphone que je n’éteins (presque) jamais.

C’est l’histoire d’une fille venue vous dire pardon et…merci.

mardi 2 octobre 2012

Et la critique fut...

Il y a un peu plus de deux ans, je devenais mère. Ma toute petite elfe faisait de moi une autre femme...plus fragile et plus forte à la fois.
Et j'ai envie de dire...que la nature est bien faite.
Parce qu'une fois le statut de mère durement acquis au terme de (ne pas rayer la mention inutile) vergetures, épisiotomie, crevasses, nuits blanches et autres...on en a bien besoin, de toute cette force.

Pour supporter son enfant me direz-vous? Que nenni! Ma fille, je l'ai désirée, je l'aime éperdument et même dans les pires moments de fatigue elle n'a jamais été un poids pour moi. Elle fait partie de moi, elle est ma vie, celle que j'ai donné et qui a dessiné les contours de mon monde.

Non...on a besoin de force pour savoir faire face aux critiques.
La critique (n.f.) est une grave maladie extrêmement contagieuse qui touche votre entourage au moment critique (si je puis me permettre) et qui transforme jusqu'à votre gentille tantine inoffensive en robot à démolir votre éducation.

La critique, en général, vient de :

1- personnes qui n'ont pas d'enfants (mais qui ont déjà gardé leur neveu au vingtième degré au moins 4 heures de leur vie et savent bien comment élever les enfants)

2- personnes qui ont des enfants qui, lorsqu'ils débarquent chez toi, ont un comportement insolent et irrespectueux (de vrais anges, en somme)

3-personnes qui ont élevé leurs enfants il y a plus de 20 ans et ont oublié.

4-la belle-mère : celle qui sait parfaitement ce qui fait mal, comment ça fait mal, parce qu'elle l'a subi elle-même de sa belle-mère et compte bien se venger sur sa bru (j'ai toujours rêvé d'écrire "bru" dans un billet). La belle-mère est un cas particulier, qui mériterait un article à elle toute seule. Ou pas.


La critique peut prendre des formes diverses et variées :

1-La critique sournoise, celle qui vise à toucher le parent en s'adressant à l'enfant (clairement, la méthode de la grand-mère paternelle de Petite Elfe) : "Ah, ce que tu peux être chouineuse...on voit bien que tu as l'habitude qu'on te passe tout". A cette critique, ne pas répondre ou bien alors d'une voix suave murmurer à son enfant en le câlinant "pleure si tu as besoin mon coeur, moi j'ai tant d'amour à te donner..."

2- La critique catégorique (plutôt la copine qui n'a pas encore eu d'enfant et ne comprend pas le sens du fameux adage "Avant, j'avais des principes, maintenant j'ai des enfants") "Ohhhh làlà mais tu lui passe trop de trucs, elle va être super capricieuse!!!". Marmonner quelque chose comme "MmmmMmmmm sans doute"

3-La critique timide (la copine enceinte, légèrement à fleur de peau du fait de sa récente et permanente overdose hormonale). "T'as pas peur qu'elle fasse des caprices si tu lui cèdes?". Une seule solution, sourire gentiment en disant "Oh...on en reparlera dans quelques mois..."

Et sûrement...tant d'autres que j'oublie...


Alors aujourd'hui...j'ai envie de dire que oui, ma fille est une enfant vivante, elle crie (souvent), elle parle (énormément), elle bouge (tout le temps), elle exprime ses joies tout comme ses colères et sa frustration. Et j'en suis fière, à un point inimaginable.
Oui, je m'en occupe énormément (trop, selon les fameux critiques-inspecteurs-des-travaux-finis-de-l'éducation) et c'est MON choix. C'est encore moi qui l'élève, que je sache (et bientôt Monsieur Elfe aussi, lui aussi il aura le droit de mal prendre les critiques qui nous seront adressées)

Ma fille, je l'éveille au monde, je lui donne tout l'amour et toute l'attention qu'elle réclame. Parce que c'est un tout petit être. Parce qu'elle a besoin d'armes pour affronter la vie qui l'attend. Parce qu'il me semble essentiel qu'elle sache qu'elle peut avoir confiance en moi. Parce que je l'aime.

Et je crois vraiment qu'au delà de son caractère, de ses aptitudes, c'est aussi l'éducation qu'elle reçoit qui fait d'elle une petite fille curieuse, éveillée et au caractère fort et affirmé.

Mais...au-delà de ce que je pense, au-delà de ce que je constate subsiste une question...
Pourquoi toutes ces remarques qui feraient de mon enfant une petite diablesse en puissance? Ai-je souvent demandé de l'aide?
Parce que c'est bien là que le bât blesse...je n'ai (presque) jamais fait appel à mon entourage pour garder ma fille. A moins que je sois dans l'impossibilité de le faire, je m'en occupe constamment. Ce n'est donc pas comme si ces personnes souffraient de l'attitude de ma fille qui ne leur convient pas. Ce n'est pas pour une visite une fois par mois, une fois par an...

Alors...pourquoi parler? Critiquer l'enfant pour mieux blesser la personne responsable de son éducation? Pour faire en sorte de lui voler la confiance qu'il a en lui?

Aujourd'hui je voulais juste dire que je suis lasse des "petites remarques pas méchantes", lasse d'entendre que ma fille est comme-ci ou bien comme-ça...
De toute façon, elle est Elle (beaucoup comme moi, j'avoue, quand même...). Je suis heureuse qu'elle ait un caractère bien trempé parce que d'ici peu, elle saura elle-même envoyer paître tous ceux qui croient que s'attaquer à plus petit que soi renforce son égo.

Ma fille, ma lumière... Continue comme ça, surtout ne change rien...je suis si fière de toi!



dimanche 2 septembre 2012

Chez moi...

Je suis née là où le printemps renaît dans l'éclosion de mille bourgeons, dans le chant des abeilles qui réveille mille graines enfouies dans le sol des montagnes. Lorsque doucement Dame Nature recolore de vert le tableau des paysages.

Là où le soleil estival brûle les champs de blé entre deux explosions de tonnerre qui résonnent jusqu'aux tréfonds des vallées.

Là où l'automne se pare de douces couleurs, lorsque les châtaignes jonchent le sol et que vient le temps des soirées blottis au coin du feu et des tartes à la citrouille.

Là où l'hiver la neige tombe doucement  comme à petits pas feutrés jusqu'à recouvrir de son lourd linceul le sol et étouffer chaque bruit sous la blancheur de son manteau. Au moment où la nature force l'Homme à faire une pause dans le tourbillon de sa vie.

Là où la Terre en colère a modelé le paysage, là où les volcans fièrement sortent la tête du sol pour aller tutoyer le ciel et parler aux nuages.

Là où dans l'immensité verte coulent des centaines de ruisseaux dont le murmure emplit les prés et auprès desquels les Demoiselles viennent chaque été reproduire leur ballet aérien dans un chatoiement de bleu métallique.

Là où la gentiane d'or perce les pentes des volcans, où les fades se nichent sous quelques pierres anciennes.

Là où l'histoire se mêle aux mythes, là où jadis un illustre gaulois défit les légions d'un certain César.

Là où la ville voisine les champs. Où jamais loin un chemin caillouteux serpente entre deux parcelles de fleurs du soleil.

Là où les forêts de résineux dissimulent des trésors de perles violettes et des tapis de champignons.

Je suis née là où chaque années recommence le bal des saisons lorsqu'arrive le printemps dans l'immuable floraison des lilas.

Je suis une enfant des volcans, je suis née là où mon coeur ne cesse de battre à la vue des paysages qu'il connaît si bien. J'ai grandi ici et je ne saurais pas expliquer cet amour qui m'attache à ma terre.

 Mais chez moi c'est aussi dans les yeux de ma fille, dans le sourire de l'être aimé.  A chaque endroit dans lequel j'ai posé mes valises et laissé un petit bout de moi comme pour mieux y revenir un jour. 

Chez moi c'est ici et ailleurs.

samedi 4 août 2012

T'as pensé à ta fille?

Oh la jolie question pourrie que voilà! Celle qu'au cours de ces derniers mois je n'ai malheureusement pas entendu qu'une seule fois... Celle qui me fait comprendre à quel point je déteste l'intrusion des gens dans ma vie. Celle qui me donne envie de leur coller une bonne fois pour toutes dans la figure ce que je pense de leurs jugements.

En général, il s'agit de la première réaction lorsque j'annonce que je quitte le père de Petite Elfe. "Et ta fille? Tu y as pensé?". Alors voilà, je suis une fille polie, je réponds toujours cordialement mais en-dedans je bous.

Parce que d'abord, puisque ces gens croient me connaître, comment peuvent-ils oser poser une telle question? Comment ignorer que cela fait deux ans que je vis par et pour ma fille? Deux ans que je m'occupe intensivement d'elle dès que nous sommes ensemble. Deux ans que ces mêmes gens me reprochent de trop m'occuper d'elle. Délicieux paradoxe... un jour ils jugent que je m'occupe trop d'elle, le lendemain que je ne pense pas à elle. Bande d'abrutis d'hypocrites, les amis.... La nature humaine est-elle ainsi faite qu'elle pousse à (trop) parler sans réfléchir?

Alors voilà... à vous tous les curieux, les emmerdeurs d'un jour, les donneurs de leçon, à vous qui parlez pour parler, sachez que...

Je n'ai pensé qu'à elle. A ma fille qui refusait de dormir. A l'enfant que chaque soir je berçais des heures contre mon sein en attendant d'entendre sa respiration ralentir, de sentir son petit corps devenir lourd entre mes bras. A ma fille qui pleurait beaucoup et dont les yeux criaient la souffrance. A mon enfant aux besoins soudain intenses et que je ne comprenais pas.
Et j'ai compris. Ce que je n'avais pas su voir, et pas su dire, elle le savait. Depuis le premier jour. Depuis les heures accrochées à mon sein comme pour oublier le monde désordonné qui tournait autour d'elle. Depuis les longues minutes à hurler dans son lit chaque fois qu'elle avait besoin de dormir, refusant mes bras tout autant que le cocon de ses draps.

Ma fille savait ce que je refusais de voir. Alors elle m'a poussé à bout...au bout de mes réflexions. Mon enfant d'un an à peine m'a ouvert les yeux par la porte des siens.

Alors j'ai pris ses mains si minuscules entre les miennes, j'ai plongé mon regard au fond du sien et ouvert la porte de mon âme déchirée. Et je lui ai dit...

Je lui ai dit que ce que nous vivions, son père et moi, n'était pas de l'Amour. Que c'est ailleurs qu'elle devrait trouver un modèle de couple. Que je l'aimais, que son père aussi mais que nous ne nous aimions plus, nous les adultes.
Je lui ai dit que ce n'était pas de sa faute. Qu'il fallait se séparer pour pouvoir correctement continuer à l'aimer, ELLE, et que c'était l'essentiel.
Je lui ai dit qu'un jour nous partirions vivre dans une autre maison, et que son père aussi trouverait un nouveau chez-lui. Qu'on ne se verrait plus tous les jours mais le plus souvent possible.
J'ai senti ma gorge se nouer, des larmes invisibles dévaler les pentes de mes joues et apaiser ma peine.

A cet instant j'ai su que le monde avait changé. Que rien ne serait comme avant, que, plus que jamais, j'allais savoir ce que signifiait "assumer ses actes". J'avais donné la vie, j'avais la charge de guider cette vie jusqu'à ce qu'elle ait en mains les clés pour la reprendre. Je suis une mère, ce n'est pas rien. Je n'ai pas le droit de refuser à ma fille de connaître l'Amour. Je ne peux pas la priver d'un modèle de famille. Je n'ai pas le droit de faire semblant d'être celle que je ne suis pas car mon sang coule en elle et à elle je ne peux mentir.

A compter de ce jour, Petite Elfe a changé. Elle a dormi plus sereinement, spontanément a accepté de dormir seule. La malice a pris dans ses yeux la place de la colère. Non, bien sûr, tout n'est pas parfait. Notre situation compliquée n'arrange pas les choses. Mais ma fille sait maintenant ce qu'il en est. Depuis un an je ne lui ai pas menti, je ne lui ai rien caché, de toute façon cela ne sert à rien, ceux qui la connaissent comprendront ici de quoi je parle.

J'ai une enfant-lumière, dont j'ai la charge de faire un soleil et sachez que je ne pense qu'à elle...


vendredi 3 août 2012

M'accepter

Voilà LE grand débat de ma vie. Pas que je sois laide, non. Je ne suis pas en surpoids non plus. Plutôt "banale", en somme. Ca, c'est la réalité. Ce que les gens voient.

Et il y a ce qui se passe en moi... ce corps que je n'ai (presque) jamais su accepter. Je me suis toujours vue énorme, avec des proportions complètement à l'opposé de ce que je trouve harmonieux. Je sais que ce que je dis est choquant, j'ai des amies qui souffrent de leur poids et je me sens moche de dire cela. Finalement ce n'est pas le tour de taille qui fait que l'on s'accepte, que l'on est belle - ou pas. C'est plutôt au niveau du cerveau que ça se situe. J'ai la cervelle quelque peu déglinguée (Mais ça, c'est pas nouveau...)

L'année de mes 17 ans, j'ai tellement focalisé là-dessus que j'ai cessé de manger. J'avais mal au ventre, des nausées à répétition et la tête qui tournait comme une toupie mais je me sentais maigrir et j'adorais cette idée. Ca a duré quelques semaines, le temps que ma mère se rende compte, et me suive pas à pas pour me forcer à remanger. J'ai voulu jouer, j'ai frôlé l'anorexie et je me suis fait cette promesse de ne pas recommencer. J'ai en tête le souvenir de mes premiers repas forcés. J'ai cru que j'allais mourir tellement j'avais mal, envie de vomir...

La vie a continué, moi me trouvant toujours "grosse" et ne l'étant pas. C'est là que c'est vicieux. Je SAIS que j'ai une vision erronée de moi, mais rien à faire. Je ne sais pas changer cette image que me renvoie le miroir de mes peurs. J'ajoute à cela quelques remarques anodines pour ceux qui les ont prononcées et dévastatrices pour moi... et je ne suis pas au bout de galérer!

Les années passent, je rencontre celui qui deviendra mon mari, puis le père de ma fille. Mon corps n'a pas changé mais je m'y suis faite. Installée dans une relation, ça me paraît moins grave, je me sens acceptée et je mets ça de côté.

Puis, un beau jour (ou peut-être une nuit) de septembre, une micro crevette décide d'élire domicile dans mon ventre. A compter de cet instant, et 8 mois et demi durant, je n'aurais de cesse de trouver que mon corps est beau. J'aime ses rondeurs, mon ventre qui s'arrondit et se tend, mes seins qui se gonflent (hourra!). Pour la première fois de ma vie j'ai envie de me voir grossir, de montrer au monde entier que je porte la vie et que je me sens belle. Ah, paradoxe quand tu nous tiens...

Petite Elfe entre dans ma vie, l'allaitement se met en place et mes kilos fondent comme neige au soleil. En quelques semaines, je passe de +15 à -23. Je suis devenue extrêmement mince, je n'ai plus de ventre, plus de fesses et plus de poitrine. Tout s'est envolé et je me sens le coeur léger. Ca a ruiné mon allaitement mais je me suis enfin réconciliée avec mon corps, il m'aura fallu 26 ans. Au début, je n'ai pas osé y croire, j'ai refusé de refaire ma garde robe, et, un an durant j'ai porté des vêtements une à deux tailles au-dessus de la mienne. Car tout le monde me disait que j'avais perdu à cause de l'allaitement mais que ça reviendrait. J'attendais donc, morte de trouille, que ça revienne.

Mais je ne suis pas du genre à me laisser abattre, les kilos ne revenant pas, j'ai décidé de prendre les choses en main. Il faut dire qu'à l'époque, cela fait plusieurs mois que j'ai décidé de me séparer du père de Petite Elfe et mon coeur bat à nouveau. C'est donc le moment de me bouger. Je renouvelle mes pantalons, passe chez l'esthéticienne pour apprendre à me maquiller. En un mot comme en cent, je me sens BELLE.  J'ai trouvé mon corps de rêve, je me sens à l'aise dedans et je n'ai plus aucun complexe (si l'on excepte mes seins complètement tués par le cocktail grossesse/allaitement et dont j'ai du faire le deuil). 

Fin de l'histoire? Non, hélas... J'ai traversé un épisode plutôt douloureux de ma vie sentimentale, et, comme je le faisais parfois avant, je suis tombée dans la nourriture. Le chocolat pour oublier, ne plus penser à la vie qui est la mienne, à tout ce que j'ai raté, aux épreuves qui m'attendent. Quatre mois. Plus six kilos. Retour à la case départ, et pire encore. J'ai connu mon corps mince, maigre, même, ça ne le rend que plus difforme aujourd'hui. D'autant que je déteste l'idée que mon corps porte les stigmates de mes échecs. Perdre mes seins suite à ma maternité, d'accord. Prendre 6 kilos parce que je n'ai pas su gérer mes émotions, là, ça coince.

Aujourd'hui, je n'ose plus monter sur ma balance. Mes pantalons sont trop petits, je ne peux plus fermer mes jupes. Je ne suis toujours pas grosse mais je me trouve énorme. J'ai la sensation qu'à chaque bouchée que j'avale, c'est comme si je prenais un kilo et je ne sais pas. Je ne sais pas lutter contre ma faim, contre mon envie de manger. J'ai besoin de maigrir et je suis incapable d'y arriver. Je ne vois en moi que cellulite, seins qui tombent et ventre qui dépasse. Je ne m'aime plus...

Alors j'ai peur. Peur parce que je ne suis plus seule. Parce que je ne veux pas le décevoir. Parce que je ne veux pas qu'il ait honte de ce que je suis. Et, toujours ce foutu paradoxe, j'ai tellement confiance en lui que j'ose croire que tout ira bien...

On va y aller mollo sur les petits gâteaux...