vendredi 6 juin 2014

De l'impatience

Je suis une femme impatiente. Pas avec mes enfants (quoique...mes heures de sommeil se réduisant de plus en plus comme peau de chagrin depuis des mois je devienne beaucoup, beaucoup moins patiente avec Petite Elfe, à mon grand désespoir), non. Je suis impatiente de vivre.

Du plus loin qu'il m'en souvienne, j'ai toujours aimé le tourbillon de ma vie. Toujours détesté stagner, avoir le sentiment que rien n'avance et que je reste là, à regarder ma vie qui passe en attendant de pouvoir monter dans un wagon.

Je suis impatiente de vivre et ça m'a joué des tours...trop souvent.
Impatiente je fus de quitter le nid familial, impatiente je fus d'aimer, toujours, encore...
Quitter mes parents m'a plutôt réussi, le reste pas vraiment.

Il ya eu ces hommes qui ont traversé ma vie, s'y posant pour quelques jours ou un peu plus.
J'ai eu envie d'y croire, j'ai été impatiente d'aimer, impatiente de vivre à deux, impatiente de me marier, impatiente d'avoir un enfant, impatiente qu'elle grandisse, impatiente de laisser mon mal-être derrière moi, impatiente de divorcer, impatiente d'aimer, impatiente que mon ex-mari quitte enfin la maison, impatiente de vivre avec un nouvel homme.

Impatiente, toujours.
Puis Petite Plume est arrivée, j'ai été si impatiente qu'elle grandisse que je n'ai pas vu filer ces 5 mois et demi avec elle. Elle qui commence à gazouiller, qui me tend les bras quand elle m'aperçoit. Elle qui rit aux éclats de mes âneries. Elle qui aime mes câlins. Je me réveille certains matins en me demandant comment le temps a pu passer si vite sans que je ne le vois filer entre mes doigts.

J'ai été si impatiente d'aimer quand, tentant de sortir la tête de l'eau j'ai rencontré son père. Si impatiente de connaître celui dont les lettres avaient touché mon coeur. Je l'aimais sûrement déjà alors que même mes yeux n'avaient jamais croisé les siens. J'ai été impatiente de ces week end d'escapade à deux, impatiente de retrouver la cohésion des corps.

J'ai été impatiente d'avoir une enfant avec celui que je voyais comme l'homme de ma vie. Ma vie du moment, sans doute, oui...
Finalement, sans qu'on ne le veuille, Petite Plume a pris ses quartiers en moi. J'ai été impatiente de lui trouver un prénom, impatiente de la sentir bouger, impatiente de la rencontrer. Impatiente de voir si l'Amour serait là, au premier regard.

J'ai été si impatiente que ma vie tourbillonne, remplie par les rires de mes enfants.  Impatiente de les voir s'apprendre, de voir se construire sous leur doigts cet amour fraternel.

J'ai été si impatiente de les aimer, si impatiente d'avoir ma famille.

J'ai été si impatiente que je l'ai trop été. C'est comme si je n'avais pas su apprendre de tous ces cailloux sur lesquels ma vie avait déjà trébuché. Comme si chaque matin je me levais innocente comme l'agneau qui vient au monde et que je découvrais mon monde. J'ai été si impatiente que j'en ai été stupide.

Stupide de croire qu'un homme à ce point différent de moi pourrait me convenir. Stupide d'imaginer un seul instant qu'une personne qui aspire à une vie calme et rassurante de ses habitudes puisse avoir une place auprès de moi toujours en mouvement comme l'eau d'un torrent qui emporte tout sur son passage.

Stupide d'imaginer une seconde que je puisse me passer des surprises de la vie. Que je puisse m'enfermer dans une cage. Que je puisse faire taire ce qui crie en moi cette impatience de Vivre.

J'ai été si impatiente de vivre que je ne regrette rien. J'ai deux filles magnifiques que j'aime plus que la Vie elle-même. Deux filles qui portent si bien leurs prénoms si différents, comme deux facettes de moi. Deux filles heureuses j'espère et dont je suis si fière.

J'ai deux filles à protéger désormais. Je n'ai plus envie de courir les yeux fermés, plus envie de me tromper.
Je n'ai plus le droit d'être impatiente, de refaire les mêmes erreurs.

Je suis une femme, une mère. J'ai 29 ans et deux enfants. De deux pères différents. Séparée des deux pères. Ca ne me rend pas fière. Ca ne me rend pas idiote ni courageuse. Ca me met face à mes responsabilités. Face à cette impatience de toujours. face au futur qui s'approche inéluctablement. Face à un homme peut-être qui un jour mettra ses pas dans les miens. A qui mes enfants ne feront pas peur. Qui pourra prendre mon impatience à bout de bras et d'un sourire me faire comprendre que je n'ai plus besoin de courir, de chercher, que ça y est, il est là. Ou au contraire qui prendra mes doigts dans les siens et courra avec moi, avec nous. A jamais et surtout pour toujours.
Peut-être, mais pas aujourd'hui. Pas demain. Pas maintenant.

Il est venu le temps des cathédraaaaaaaaaaaaales de la patience. Le temps de montrer à ma vie que ce dont je suis capable avec mes enfants je le peux aussi pour moi même. Il est venu le temps de prendre conscience que si je peux rester de longues minutes à regarder la pluie, à sentir la caresse du vent sur mon visage je peux aussi prendre le temps de vivre. Le temps d'aimer un Autre viendra un jour, lorsque je serai capable de m'aimer moi. Avec tous les défauts qui me composent. En attendant j'ai le coeur tout juste assez grand pour aimer la Vie et mes enfants.
Commençons par ici. La Vie est là, devant.


2 commentaires:

  1. c'est fou comme quand on laisse le temps agir, il fait les choses formidablement sans qu'on ait besoin de les attendre tant... ça s'appelle le lâcher prise, il paraît... pas facile à saisir vu qu'il faut le lâcher !

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