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mardi 9 septembre 2014

La sixième

Septembre.
Dans lequel pour la sixième fois que je pose mes valises. Toujours au même endroit, avec la même émotion qui m'étreint à chaque rentrée.
Tic-tac...arrivée des élèves, M moins 20...


Si quelque part j'avais eu des doutes sur le choix de ce métier, chaque année septembre les balaye d'un coup de vent.

Il y a d'abord cette odeur de temps qui a passé. Septembre en a vu défiler des générations d'élèves au creux de ces vieilles pierres et sur le plancher qui craque. Les élèves d'hier tiennent désormais par la main ceux d'aujourd'hui.

Il y a les montagnes qui entourent cette toute petite école nichée entre les forêts de résineux. Le soleil qui se lève rouge comme le brasier de l'été indien qui se consume doucement durant ces quelques semaines.

Il y a cette route tortueuse et dangereuse, comme une épreuve à passer chaque matin pour pouvoir accéder à ce petit paradis.

Il y a la neige qui s'invite parfois très tôt, qui recouvre d'un manteau blanc chaque parcelle de ce que les Hommes ont sali et qui étouffe les cris d'enfants qui glissent dans la cour de l'école.

Il y a ce silence lorsque le matin je pousse la grande porte de bois sur les tables alignées qui semblent épier attentivement chacun de mes mouvements.

Il y a la douce solitude, le poids de la classe unique qui ne se partage pas.

Il y a eu tant d'éclats de rire, de sourires complices. Il y a eu aussi de terribles moments. Des rencontres inattendues. Des rencontres avec des auteurs que je n'oublierai jamais, des souvenirs par dizaines.

Cette année je récris pour la sixième fois le livre d'une année scolaire dans cette petite école où j'ai eu tant de mal à trouver ma place. Cette année pour la première fois je n'ai plus envie de partir. Même si la route est longue, même si l'hiver est rigoureux, même si la fatigue est là et même si ce n'est pas toujours facile de gérer de front 4 niveaux, 14 individualités.

Mais cette année a aussi une saveur particulière après un an d'absence. Cette année c'est une maîtresse un peu différente qui fait la classe dans la petite école. Une maîtresse plus sensible à la communication non violente, une maîtresse qui s'est promis de nourrir l'esprit de chacun de ses élèves. Une maîtresse qui s'est donné pour mission de leur prouver à tous qu'ils sont capables de choses merveilleuses pourvu qu'ils respectent la règle numéro un de cette classe : venir en étant curieux.

Septembre, trouver ma place dans les yeux qui pétillent, suspendus à mes lèvres.

Septembre, lâcher mes enfants pour aller tenir d'autres mains. Septembre pour serrer contre moi d'autres enfants que les miens. Septembre pour sécher des larmes un matin un peu difficile. Septembre pour un "je t'aime bien moi, maîtresse".

Septembre. Ou le début d'une nouvelle aventure. La sixième.



vendredi 22 mars 2013

LA réforme, où en est-on?

Depuis quelques temps, je vois fleurir par-ci par-là quelques questions/critiques concernant la fameuse réforme des rythmes scolaires, mise en route très prochainement. Et comme je sens que comme d'habitude, on risque une fois de plus de taper sur les enseignants, je prends les devants.

Je tiens avant toute chose de dire que je ne vais absolument pas ici exposer mon AVIS mais EXPLIQUER ce qu'il en est, que ce soit plus clair pour tout le monde. Et que je n'exposerai nulle part mon avis, j'ai un devoir de réserve et je m'y tiens.

D'abord, cette réforme, elle consiste en quoi?
Basée sur des recherches de tout un tas de monde (chronobiologistes, experts de ceci ou cela), elle consiste à alléger les journées d'ENSEIGNEMENT (oui, j'insiste, c'est important), qui seraient trop longues pour les élèves et de mieux les répartir sur la semaine, puisque notamment le "trou" du mercredi serait néfastes au rythme de l'enfant et à ses apprentissages.

Et elle dit quoi?
Eh bien, elle dit que dorénavant, la classe sera répartie sur, non plus 8 mais 9 demi-journées. Que chaque demi journée ne devra pas excéder 3h30, que la journée entière sera de maximum 5h30 et que la pause de midi devra au minimum durer 1h30. Voilà. Il est également demandé que les élèves ne sortent pas des locaux trop tôt (pas avant 16h30 si mes souvenirs sont bons) mais sur ce point, des arrangements sont possibles, notre IEN nous a par exemple expliqué que l'on pouvait très bien faire passer les transports scolaires à 16h comme auparavant sans procblèmes.Ensuite, la réforme est demandée pour la rentrée prochaine, mais si certaines communes s'y refusent (pour x raisons telles que le manque d'équipements, de personnel, etc...), elles peuvent demander une dérogation pour exercer cette réforme seulement à la rentrée qui suit. Mais de toute façon, tout le monde y passera.

La réforme, je le disais précédemment, a pour but d'alléger la journée d'enseignement (donc le temps de présence en classe avec l'enseignant) et également de favoriser (théoriquement) l'accès aux élèves à des activités culturelles/éducatives, etc... situées en dehors du temps de classe (avant, sur la pause méridienne ou bien après la classe le "soir").
Je dis théoriquement, puisqu'il est évident que nombre de communes, pour des raisons budgétaires, pour un manque de moyens sur le territoire, par manque de locaux adaptés ne pourront bien entendeu pas proposer une heure par jour de musique/sport/macramé ou que sais-je. Pour beaucoup, cela va se réduire à de la "simple"garderie. Peut-être que cela sera aussi une question de temps, que l'année suivante de nouveaux emplois verront le jour et que les élèves auront une offre d'activités plus étendues. Seul le temps le dire, il em semble.


La réforme, qui la met en place?
Le choix de demander ou non une dérogation pour commencer seulement en 2014 est laissé aux seules COMMUNES. C'est au maire et à son conseil de décider s'ils font le choix de reculer la date, peut-être pour avoir l'expérience des autres et s'appuyer dessus, peut-être pour bâtir des locaux ou autre.
Le choix des nouveaux horaires est aussi une décision FINALE des mairies, mais issue d'un travail préparatoire avec les enseignants. En gros, chez nous, les deux enseignantes et les maires se sont réunies, ont discuté, argumenté, et fait au mieux dans l'intérêt des enfants en priorité (puisque là est quand même le but). Une fois ces horaires "décidés", ils sont envoyés au DASEN (l'ancien Inspecteur d'Académie), qui rendra son verdict et dira si oui ou non il accepte (et s'il refuse, je suppose que le refus sera motivé afin d'engager au plus vite une réflexion appropriée).

Alors, non, on n'a pas demandé l'avis des parents. Je peux entendre que cela ne plaise pas, que ces derniers aient le sentiment d'être trahis. Je sais pertinement qu'il va être difficile de s'organiser, professionnellement notamment, avec des horaires dont on ne vous aura pas demandé au préalable s'ils vous conviennent. Je sais tout cela, je susi une mère aussi.
Seulement voilà. Il était impossible d'organiser ce genre de discussion avec les parents. J'enseigne depuis 5 ans maintenant, je sais très bien ce qu'il en est des réunions collectives qui tournent facilement au pugilat, qui plus est dans ce genre de situation. Déjà dans une toute petite école comme la mienne où se côtoient environ 15 familles, il aurait été impossible de mettre tout le monde d'accord sur les horaires en tenant compte des exigences de chacun, alors imaginez un peu dans une moyenne et grande école. dans des villes qui comptent plusieurs écoles...

Je pense que l'on se doit tout d'être raisonnables. Cette réforme, qu'elle nous plaise ou non, qu'elle nous paraisse adaptée ou non, elle est là. Qu'elle soit venue trop rapidement, qu'elle porte la "marque" que chaque ministre de l'enseignement veut laisser de son passage. Elle commence bientôt, très bientôt.
Je crois que nous devons cesser de nous considérer tous comme les ennemis les uns des autres. Que nous devons, nous enseignants, INFORMER les familles, ne pas laisser planer le doute qui s'insinue dans les foyers grâce aux manipulations médiatiques.

Je crois que nous devons expliquer que, contrairement à ce qu'il est sous-entendu par la presse et la télévision notamment, NON, le but ,n'est pas de faire rentrer l'enfant plus tôt chez lui le soir (et d'ailleurs, combien d'enfants, s'ils sortent à 15h30, se retrouveront seuls pour plusieurs heures à la maison, combien resteront-comme avant- à la garderie jusqu'à 19h?). Le but est d'alléger le temps d'enseignement quotidien et de réorganiser les journées en fonction du rythme biologique de l'enfant.

Je ne dis pas que dans chaque commune de France ce sera le cas. Que les besoins des enfants seront la priorité. Sans doute pas, je suis aussi lucide sur le monde qui m'entoure.
Je sais que nous, nous avons essayé d'agir intelligemment, dans l'esprit premier de la réforme. Et j'espère que ça sera le cas un peu partout. Pour nos enfants, pour leur avenir. Pour notre avenir.

Voilà... si certain(e)s d'entre vous ont des questions auxquelles je n'aurais pas répondu, je vous invite à les poser en commentaire, je m'efforcerai d'y répondre au mieux. Belle journée!

vendredi 21 décembre 2012

Et la semaine de 5 jours fut... (ou pas) (ou presque)

Comme vous l'avez compris, je suis instit. Enfin, plus exactement professeur des écoles. Dénomination soit dit en passant sournoise qui laisse à penser aux gens que l'on serait une sorte de professeur. Mais bien sûr.... y'a qu'à regarder nos salaires pour comprendre que c'est tout à fait ça. Ou pas.
 
Bref, que l'on soit instit, prof' des écoles, éducatrice spécialisée dans l'enseignement pour gnomes change peu de choses. Je crois que si on est ici, c'est par passion, ou par vocation ou appelez ça comme vous voulez. On aime ça. Enfin, moi, j'aime ça.

Les yeux qui brillent, le silence qui se fait. Les rires dans la cour et les chuchotements étouffés. Les lectures communes et les sorties pédagogiques. Les cadeaux pour Noël et les séparations des vacances. Les progrès énormes et les petites victoires.

J'aime mon métier, donc. Et je fais ce que me demandent mes supérieurs (dans la limite de mes capacités disponibles). Sauf que voilà. Faudrait arrêter de nous prendre pour des jambons, non?

Je commence à saturer des annonces incessantes, floues au possible et contradictoires à qui mieux mieux. Je ne sais pas l'année prochaine quel poste j'occuperai, si je travaillerais 4 jours ou bien plus. Si mes horaires vont changer ou pas.

Je ne sais pas si je dois chercher une autre nourrice. Encore moins quoi lui dire sur mes horaires qui ne seront peut être même pas fixés en mai si jamais je change de poste. (pratique, pour septembre...)

Je ne  sais pas. Je ne sais rien. Et j'ai le vague, très vague sentiment qu'on se fout de notre gueule.

De notre gueule à tous d'ailleurs. Les enfants, les parents et les enseignants. On voudrait être celui qui a changé les choses, qui a remis notre beau pays dans le droit chemin de la réussite scolaire et des bons résultats aux évaluations européennes. On oublie trop souvent de penser VRAIMENT aux principaux intéressés plutôt qu'à soi. Et on oublie que par là même on va se casser la figure. Comme tous ceux avant. Comme tous ceux après qui persisteront à vouloir copier les autres, changer pour paraître "meilleurs" mais sans se demander pourquoi le système actuel pêche.

Je suis instit. En classe rurale. Je suis de ceux que l'on oublie, de tous ces "fantômes" de l'éducation nationale que les gens adorent voir en film mais dont même nos supérieurs ignorent gentiment l'existence.

Je suis des "mis à part" des réunions. De ceux qui ne rentrent pas dans les cases. Je suis une instit "pas comme les autres". Je suis la maîtresse, l'infirmière, la prof' d'anglais, celle de musique. Je suis la directrice, je suis un peu parfois une autre maman. Je suis de ceux qui sont seuls dans leurs écoles. De ceux qui se débrouillent. De ceux qui ont peur de voir fermer l'école, de voir mourir un village. De ceux qui s'attachent à ces gamins qui traversent 3 ou 4 ans de nos vies.

Je suis instit et je n'aime pas qu'on se foute de ma gueule. Je n'aime pas qu'on mette en péril l'avenir des élèves sur un coup de tête. Je n'aime pas qu'on oublie que l'égalité des chances, c'est AUSSI penser aux gosses des campagnes. Ceux qui ne vont jamais au musée. Ceux qui vont travailler à l'écurie le soir. Ceux qui parfois n'ont pas d'école parce qu'il a tellement neigé que la maîtresse n'aura pas pu venir. Ceux qui posent leurs fesses 4 ans de suite sur la même chaise dans la même salle devant la même maîtresse. Ceux qui doivent faire 15 kilomètres pour prendre un cours de musique ou de cheval.

Je suis instit et je suis en colère.

Alors à vous qui ne me lirez pas, les ministres et les présidents. les "spécialistes" des rythmes, des enfants et de tout ce que vous voulez.... Quittez deux minutes votre bureau et vos idées étriquées sur un monde qui n'est pas le vôtre. Venez nous voir, venez prendre conscience des réalités de chaque parcelle de ce pays que vous prétendez diriger. Venez apprendre que la France est multiple et qu'elle est belle dans sa multiplicité.

Faites votre métier, mais ne nous empêchez pas de faire bien le nôtre.  Les petits d'aujourd'hui seront les grands de demain et ils ont besoin de nous.



mercredi 4 juillet 2012

Voilà, c'est fini....

Voilà, nous y sommes. Demain, le grand livre de l'année scolaire se referme. Sur ses bonnes notes et ses ratures. Sur les colères et les petits bobos.Sur les discussions philosophiques. Sur les parties de foot dans la cour de l'école.

Demain, une année de plus s'achève dans cette même école où j'ai débuté ma courte carrière. Je débrancherai un à un les ordinateurs, rangerai soigneusement mon bureau. Je reprendrai ma trousse et mes chewing-gum cachés dans le tiroir sous le bureau. Je regarderai encore une fois en arrière, puis doucement je fermerai la porte sur mes souvenirs. Oh non, je ne pars pas, je serai là en septembre mais j'ai besoin de ce rituel. Clore l'année comme on clôt un livre pour ne pas y revenir, ou plus tard, avec nostalgie.

Je rejoindrai ensuite mes élèves dans le couloir, la gorge serrée je dirai au revoir à mes CM2, en leur faisant promettre de revenir me voir quand ils le pourront. Je ferai un gros bisou à ceux qui en ont envie puis je les laisserai se disperser comme des papillons vers le bus qui les entraînera dans la folle aventure des vacances.

L'année s'achève et moi je rêve... à mes vacances à moi, et aux dizaines de livres que je vais pouvoir avaler. A mes départs vers des contrées que je veux découvrir. Aux travaux de la maison, qu'on puisse enfin la vendre. Au futur qui m'attend et qui se bâtit aujourd'hui.

L'année s'achève et je dresse le bilan. Les réunions interminables, les discussions plutôt âpres. Les mauvais moments. Les belles surprises. Les erreurs qu'on répare mais qu'on n'oublie pas. Les 21 âmes que j'ai eu entre les mains et que j'ai vu grandir et progresser. Les 5 ou 6 stylos rouges que j'ai vidés. Les centaines de kilomètres avalés, sous le vent, la pluie, la neige et le soleil. Les renards et les chevreuils croisés au petit jour sur la route de l'école. Les bouquets de jonquilles offerts pas les filles, qui me donnaient la migraine mais qui trônaient quand même sur mon bureau. Les dizaines de livres lus le soir, sur le canapé vert ou au pied du grand arbre, dans la cour. Les dictées du vendredi matin et l'origami du jeudi.

S'il faut fermer la porte, je la fermerai demain sur les yeux qui pétillent et les sourires. Sur les dessins par dizaines et les poèmes appris.

Demain, de maîtresse je redeviens juste maman, pour deux mois seulement. Pour une éternité.




vendredi 29 juin 2012

Rester enfant...

Aujourd'hui était mon jour favori de l'année scolaire. Mais non, mauvaise langue, pas le dernier. Le dernier jour, je l'aime bien et je ne l'aime pas. Je ne sais jamais comment laisser partir mes gnomes le temps d'un été ou pour toujours, pour ceux qui partent au collège. J'ai envie de leur dire que je suis fière d'eux, que j'ai observé chacun de leurs progrès et que je les ai notés dans mon esprit comme autant de pépites d'or humain collectées dans ma vie. J'ai envie de leur souhaiter bonne route sur le chemin de leur vie. J'ai parfois envie de les serrer tout contre mon cœur, furtivement, comme pour leur dire "je ne t'oublierai pas...". Bref, le dernier jour, ou plutôt la dernière heure de l'année n'est pas une partie de plaisir.

Mais cela est une autre histoire....
Aujourd'hui était un jour spécial, celui où je recevais dans ma classe un auteur de littérature jeunesse dont nous avions lu des oeuvres en cours d'année. Cela arrive chaque année, dans le cadre d'un petit salon du livre jeunesse qui s'organise dans la commune avec laquelle je me trouve en RPI (Regroupement Pédagogique Intercommunal).

Nous avons donc la chance, chaque fin d'année, de recevoir dans notre classe un auteur, de pouvoir le questionner, échanger, comprendre ce qui le pousse vers l'écriture et connaître son métier. Rire et nous émerveiller. Je ne sais pas si mes élèves prennent la mesure de la chance qui est la nôtre, mais je m'efforce de leur en faire prendre conscience.
Et cette année, cette rencontre a eu une saveur tout particulière. La première raison est que, lorsque nous avons du choisir l'auteur que nous souhaitions rencontrer, parmi ceux qui participent au salon, un livre a attiré mon attention sur la table. Je l'ai ouvert et je suis tombée en amour pour ce livre. L'histoire, l'illustration, tout me parlait, m'attirait. J'ai rarement été aussi émue devant un livre, allez comprendre... Je crois que mon coup de foudre fut clair, tout le monde a bien vite compris qui je souhaitais recevoir. J'attendais donc aujourd'hui sa venue avec une impatience notoire...

Et Jean-Yves le Guen est arrivé. Avec son sourire, ses livres et sa guitare. J'ai su que je ne m'étais pas trompée à l'instant où je l'ai vu. Il s'est présenté, lui, le "petit auteur-bah oui je mesure 1m63 hein". A dit préférer le terme d'auteur à celui d'écrivain, expliquant que nous étions tous des auteurs, dès lors que nous produisions un texte. En un mot comme en cent, je l'ai adoré. Et à en croire mes élèves suspendus à ses lèvres, eux aussi.

Tout de suite, Jean-Yves nous a mis à l'aise. Il m'a très vite tutoyée, nous a parlé de sa vie, de sa maman et de ses petits-enfants. De la petite dernière, Rose. Il a attrapé sa guitare et nous a fait chanter ses chansons. Il m'a émue, certains mots ont résonné en moi bien plus profondément que je ne l'aurais imaginé. Il a su capter l'auditoire bien plus sûrement que n'importe quel combat Beyblade ou qu'un millier de cartes Pokémon ultra rares. Mieux qu'un match de foot avec un arbitre "qui comprend rien". Mieux qu'une rencontre avec Monsieur Pi. Mieux qu'une lecture commune à l'ombre du grand arbre les derniers jours de l'année.

Les élèves ont découvert de façon vivante le parcours d'un livre, depuis son écriture jusqu'à nous, lecteurs. Ils ont été impliqués dans chaque étape de son intervention et ils ont adoré ça. Leurs yeux pétillaient, et que dire des miens... Ce jour-là c'est celui que je préfère car je m'accorde à me laisser submerger par l'âme de l'enfant qui est resté en moi. Et j'aime ça. Passionnément. Autant vous dire que l'heure trente a filé comme l'eau entre mes doigts. Et que je bous d'impatience de me rendre au salon, demain, faire dédicacer par ce très grand monsieur mon coup de coeur... Le grand voyage d'Hortense.

Le grand voyage d'Hortense, c'est l'histoire d'une vie, des quatre saison que l'on y traverse. Avec beaucoup de pudeur, de douceur, Jean-Yves Le Guen y raconte le premier et le dernier voyage de cette petite bonne femme qui n'avait jamais quitté son jardin... L'album est illustré par sa fille, Christelle Le Guen, et c'est un vrai régal. Un plaisir pour les yeux et l'esprit. En bref, au cas où ça ne serait pas clair, c'est un livre que je vous conseille. On peut le lire assez tôt, et y voir chacun quelque chose. Mes CE1 par exemple ont bien accroché et ont compris beaucoup de choses. Une perle à avoir dans sa bibliothèque, je pense.


Voilà pourquoi cette année, cette journée s'est particulièrement bien déroulée. Mais ce n'est pas fini!
On nous avait proposé de recevoir dans nos classe, le temps d'une demi-heure, un certain Antoine Boivin, auteur des Boivinoscopies. Sans nous donner trop de détails, en nous expliquant que ce serait une surprise. Et moi, j'adore les surprises.

Voilà donc que ce matin, en pleine séance de correction de dictée ardue, quelqu'un toque à la porte.  Entre alors un grand monsieur. Il porte un costume que même en plein nuit on ne pourrait manquer de remarquer, arbore un large sourire et laisse à pense que ce qui va suivre sera un petit délice...

D'abord, Antoine Boivin se présente, il est "le pape du pop up". Ambiance...
Les enfants se taisent, ils sont captivés par cet étrange personnage qui s'est installé dans notre classe comme s'il nous connaissait depuis toujours. J'avoue que j'en suis au même stade. Etonnée, émerveillée. Silence...je savoure.

Nous comprenons assez vite qu'Antoine Boivin est ici pour nous parler de livres pop-up, ce pape en a d'ailleurs apporté deux géants de sa conception. Un polar intitulé "ça bute à Chaumont" (déjà rien que ça....j'applaudis!), plein d'allusions géniales et d'humour décapant...
Dans la vie, il y a des hauts et...
Des bas :D
Ce premier pop-up est, nous explique-t-il, un livre au format italien, c'est àdire qu'il se lit posé à l'horizontale. Les enfants sont captivés, et moi je souris à pleines dents. C'est bon, c'est drôle. C'est génial.

Ensuite, ce génie nous évoque La Fontaine, ses fables. Pour être bien sûr que les enfants savent de quoi il parle, en moins de trente secondes, il dessine le fameux La Fontaine au tableau. Instant magique, j'immortalise.



S'ensuit alors la lecture d'un pop-up au format anglais, celui-là. Un de ceux qui se lit verticalement. Moments choisis, rien que pour vous...




A la fin de sa lecture, Antoine Boivin nous annonce la fin. Comme tout le reste de son "show". Pas comme tout le monde.

Puis doucement, il remballe ses livres et plie bagage. Cinq minutes plus tard, il a disparu. Comme un mirage. C'était génial, c'était trop court. Vivement demain, il paraît qu'il a préparé tout un spectacle. Je vais, je crois, me glisser au milieu des enfants. M'asseoir au fond de la salle, discrètement, et ouvrir grand mes yeux sur le monde fabuleux dont il ouvre la porte. Et rêver, encore. Toujours.

Aujourd'hui, c'était le plus beau jour de l'année scolaire. Et demain, ça continue...

samedi 7 avril 2012

Il était une fois....

Toi et moââââââââ un rêve.

J'ai eu la chance d'être élevée par des gens merveilleux. Merveilleux parce qu'ils ont ouvert mon coeur à la magie du monde, parce qu'ils ont mis entre mes mains des livres formidables. J'ai grandi avec Arthur, j'ai aimé Lancelot avec Guenièvre. J'ai cherché le Graal tant et plus et j'ai vu Morgane donner vie au traître Mordred.
Très tôt, j'ai dévoré les légendes arthuriennes, puis d'autres histoires tout droit sorties du Moyen-Age. Peu à peu j'ai fini par aimer cette grande période de notre histoire, je l'ai aimée au point d'en avoir fait le thème de mon mariage. Au point d'avoir donné aussi le prénom de Mélusine à ma fille.

Quand j'étais enfant, je jouais souvent seule. Je m'étais inventé un monde où j'étais une princesse dans son château. Notre jardin était devenu un Comté que je parcourais avec mon cheval Neige. Je cherchais Perceval et Galaad. Je rêvais de mon Lancelot à moi.

J'aimais quand mon papa de coeur sortait les archives du château familial dans lequel il avait passé son enfance, je palpais du doigts ces années si lointaines et je me disais que le Moyen-Age et moi, c'était une drôle d'histoire d'amour.

Il y a quelques mois, j'ai eu une belle surprise. Pour la première fois j'ai pu visiter ce château qui fut celui de la famille de mon papa de coeur. Vendu depuis, il a été magnifiquement réhabilité par un amoureux de l'histoire. Mes yeux se sont remplis de larmes quand il m'a présentée comme "sa fille". Etrangement, c'était faux et vrai à la fois. Comme si je trouvais soudain ma place dans l'Histoire, je commençais à comprendre ce que le Moyen-Age et moi on avait de commun.
Cette visite, ce fut un des plus beaux cadeaux que la vie m'a réservé jusqu'à présent, comme un petit morceau de voile levé sur le secret de mes origines et je l'ai écrit à l'encre indélébile dans le livre de ma vie pour ne jamais l'oublier.

A partir de ce jour, c'est devenu plus présent en moi. Je voulais savoir.
Alors quand mon papa de coeur m'a reparlé du château de Guédelon, je me suis dit que le temps était venu. Quelques jours plus tard, j'en ai parlé avec ma collègue et nous avons décidé que ce serait notre destination de l'année. J'avais (besoin) envie de le découvrir, elle avait envie d'y retourner, cela faisait 3 ans qu'on évoquait le sujet, il était temps de se décider.

Les mois ont passé plus vite que prévu et hier, le jour tant attendu est arrivé. Je n'avais rien préparé avec les élèves, pas vraiment fait de recherches. Je voulais avoir la surprise la plus pure possible, que les élèves et moi on puisse s'émerveiller ensemble.
J'ai aussi choisi d'emmener avec moi un ami qui partageait le rêve de découvrir ce lieu et qui, je le savais, aurait la capacité d'émerveillement d'un enfant tout autant que nous autres.

5h30, le bus démarre et chaque kilomètre nous rapproche de notre destination. Ca y est, nous partons pour Guédelon.
Mais Guédelon, c'est quoi? Eh bien, c'est un pari que certains jugeront fou. Moi je trouve ça juste beau. Extra-ordinaire.
A Guédelon, ils bâtissent un château fort. De A à Z, avec les techniques qui étaient celles du XIIIème siècle. Je vous conseille un tour par ici pour en savoir plus.

10h15, on y est. Je pense être mille fois plus excités que les 18 enfants qui m'ont suivie dans l'aventure. D'ailleurs, mes "partenaires" de bus en ont fait les frais. La pie Maman Elfe était de sortie. Leur migraine aussi, sans doute.
Première boulette, je n'ai plus de chèque dans le chéquier. Heureusement que nous sommes deux, j'aurais eu l'air vachement fine toute seule aux caisses sans moyen de paiement... Mais bon, Maman Elfe qui ne boulette pas n'est pas vraiment Maman Elfe, il faut le savoir!

En posant le pied dans l'enceinte du chantier, j'ai le coeur qui bat vite, très vite et mes yeux ont du doubler de taille. Je n'ose compter le nombre de fois où j'ai dit à celui ou celle qui avait le malheur de se trouver près de moi "T'AS VU??????". T'as vu le château? T'as vu le cheval? T'as vu? T'as vu? T'as vu? 3615LACHIEUSE bonjour!


Nous avons d'abord rencontré le château au travers de Père Archi, qui nous expliqué le travail du maître d'oeuvre. Nous avons remonté le temps jusqu'en l'an 1243 pour prendre un cours de géométrie. De la corde à treize noeuds tantôt règle, compas ou équerre à l'empan ou la coudée, nous sommes devenus incollables.

Nous avons ensuite imaginé une horde d'assaillants se faisant faucher en terrain découvert par les tirs d'arbalètes jusqu'à 200 mètres du château. Puis venant s'écraser dans les douves piégées de pieux aiguisés et de ronces entremêlées. Bienvenue au Moyen-Age!

Le père Archi nous explique que si les tours du château sont rondes, c'est pour qu'elles soit plus difficiles à écrouler. Mon coeur de maîtresse gonfle de fierté en entendant une élève demander pourquoi, alors, dans ce cas, tout le château n'est-il pas concu en cercle?
 Et mon coeur d'Auvergnate fait de même en entendant "Il y en a. Par exemple, le château de Murol, en Auvergne." Sauf que c'est à ce moment là que j'ai levé le poing en l'air en criant disant "C'EST CHEZ NOUS!!!". Eclats de rire du groupe. Moment de (grande) solitude. Après coup je suppose que j'ai du penser un truc du genre "Ouais! on est trop malins en Auvergne!". J'aurais juste du avoir le triomphe discret. Ca m'apprendra, tiens!

Sur cette géniale entrée en matière, nous continuons notre apprentissage, non moins génial. Direction Dame Virginie, qui va enfin lever le mystère (enfin, le mystère qui était le mien) de la voûte d'ogive. Mais comment ça se bâtit?
Eh bien, c'est tout simple. La preuve, mes élèves l'ont fait. Et si vous aussi vous voulez savoir...filez donc à Guédelon! Le cintre, mes amis, le cintre, c'est là qu'est la clé (de voûte)...


Flânant entre les tailleurs de pierre et les carriers, nous voilà partis à la rencontre du forgeron. Qui nous forgera un clou en moins de temps qu'il n'en faut pour bâter un âne. Tout cela en détaillant les outils utilisés et en nous faisant remarquer la conception du coeur de la forge, la cheminée et son soufflet. J'apprécie le ton léger du forgeron, la pédagogie de ses explications et sa disponibilité (que l'on rencontrera partout au château). On sent l'amour de leur métier, la passion de cette aventure chez tous ces gens et ça fait du bien de voir qu'il y a bien des personnes qui vivent de leurs rêves. Je me sens bien ici.



Bon, ok, les casquettes c'était pas hyper hyper médiéval mais on n'avait rien d'autre sous la main...pris au dépourvu par le soleil! Et dire que certains ont traîné leurs bottes toute la journée^^

Mais trêve de rêvasseries, le temps est venu d'aller quérir enseignements chez maître tailleur de pierres. Des noms connus résonnent dans nos oreilles. Mais jusqu'à il y a deux minutes, on ne voyait pas vraiment ça comme ça, la broche ou le ciseau. Si on m'avait dit "eh bien, tu poses ta broche sur la pierre et tu tapes dessus avec un marteau", je t'aurais gentiment mais fermement proposé de venir t'asseoir quelques minutes à l'ombre avec moi pour parler un peu. Mais grâce au tailleur de pierre, maintenant je ne passerai plus pour une inculte lorsque je serai invitée au banquet des tailleurs de pierres, et mes élèves non plus.

Nous profitons d'une petite sortie hors de l'enceinte du chantier pour aller déconner entre adultes manger avec les enfants. Quelques chips, sandwichs et pommes plus tard, nous sommes d'attaque pour cette fois-ci visiter librement le chantier.

C'est avec émotion que j'ai pénétré dans ce château si particulier. Parce que, si il n'a pas plusieurs centaines d'années, ses murs sont chargés d'une histoire qui emplit l'air ambiant. C'est fort, tout autour de nous. Tellement fort que j'ai du mal à avoir de belles photos, par endroits, comme si le temps ne comptait pas. Nous n'étions que du vent face à ce monument bâti de pierres et de rêves.



J'ai touché l'oeuvre des forgerons,
J'ai imaginé une attaque

Je me suis imaginée tourner des marmites dans cette cheminée démesurée

Je suis restée bouche bée devant le travail des charpentiers


Hier, j'ai rêvé ma vie, j'ai vécu mon rêve. Merci...

jeudi 1 mars 2012

Il n'avait pas 20 et pourtant...

C'était un lundi de septembre. Je faisais ma première rentrée scolaire, avec mes 13 premiers élèves. J'étais super angoissée contente et impatiente de rentrer chez moi le soir connaître mes élèves.

Cette année-là, j'ai rencontré ma vocation, mes premiers parents d'élèves pénibles. Mais pas que. Cette année-là, j'ai rencontré 13 enfants. L'idée, c'était que mes 4 petits CE1, je les suivrai 4 ans de leur vie. Que je les verrai grandir, que quelque part, je serai autant fière d'eux que leurs parents. Leurs progrès, leur curiosité de la vie.

Tout ne s'est pas passé ainsi. Un premier départ, un déménagement. Puis un second, un échec. Je n'ai pas su arrondir les angles, pas su expliquer que je n'étais pas responsable de la chute. Pas su retenir.

Si vous suivez bien, il me reste, à la fin de l'année, deux CE1. Et trois ans à avancer ensemble. Naïve que je suis.

La vérité, c'est que j'ai eu la chance de connaître un enfant extra-ordinaire. Un petit homme en devenir dont je suis super fière. Et pas parce que ses parents lisent mon blog. (d'ailleurs, coucou à vous!)
Ce petit homme, il répondait toujours aux questions que je posais aux plus grands avant eux, il avait besoin de ma présence "maternelle" et de mon soutien.  On se faisait des grimaces quand il rêvassait en classe et on a pris des fous rires mémorables à la cantine, plus d'une fois.

Au début, quand ses résultats ont baissé j'ai pensé à une petite baisse de régime, un truc du genre ou bien le début des hormones qui bouillent. J'ai décidé d'observer. Jusqu'au jour où... à l'occasion d'un conversation je suis devenue dépositaire d'un presque secret. D'une angoisse. L'angoisse d'une maman, il n'y a rien de plus important pour moi. Il me fallait réagir, vite. Chercher des infos, vois si j'avais le droit de lui faire "sauter" son CM2, savoir si il serait bien accueilli au collège.

C'est à ce moment là qu'ont commencé les surprises. Les bonnes, et les moins bonnes.

L'oscar de la meilleure surprise revient aux parents de mon loulou. Ils m'ont donné leur confiance, le bien le plus précieux dans mon métier.  On a avancé ensemble et on a su faire au mieux pour que tout se passe bien. Pour que parents et enfant aient confiance en l'avenir. Ou tout du moins confiance en eux. En leur sphère familiale si joliment soudée.
Je vous raconte même pas... le jour de la rentrée quand je l'ai vu à la porte de l'école alors qu'il avait quitté ces lieux en juillet pour aller rejoindre la sixième. Il était venu avec son père me faire un coucou. Ou bien essayer de me faire pleurer je sais pas trop ... mais j'ai pleuré en cachette, quand ils sont partis, na!

L'oscar de la plus belle déception revient aux collègues, à ma hiérarchie...à tous ceux qui m'ont dit "Quoi? Non mais les surdoués ça existe pas hein... puis de toute façon si il était si bon que ça, il aurait 20 de moyenne générale, non?"

Justement, eh bien non, non et non! Ce gamin il s'emmerdait à mourir dans la classe, je n'avais absolument pas les moyens de lui offrir tout ce dont il avait soif. D'ailleurs, je ne sais pas qui ne a les moyens... accrochez-vous m'sieurs dames!
Il n'avait pas 20 et pourtant... Il avait 9 ans quand il est entré en sixième. Et certains profs ne s'en sont même pas rendus comptes. Il avait 9 ans quand il a été élu délégué de sa classe de sixième alors qu'il avait derrière lui une année de CM1 avec un CM2 suivi "illégalement" pendant 4 mois.

Je vais vous dire... J'ai fait confiance à la psychologue, confiance à cet enfant, à sa famille. Je me suis aussi un peu fait confiance. J'ai dit merde bon, ok, dans ma tête aux bien-pensants, aux jaloux. A tous les frustrés de ne pas EUX être aussi intelligents. J'ai pris la décision la plus importante de ma toute jeune carrière. Je lui ai donné son passeport pour la sixième. Avec deux ans d'avance et toutes ses dents.

Alors... aujourd'hui, un repas entre amis et quelques mois plus tard...

Je dois aussi te donner un oscar à Toi, mon loulou... toi qui ne savais pas si tu voulais partir en sixième, toi qui as décidé que oui quand je t'ai dit que je ne serai peut-être plus là l'année suivante. Toi qui m'a envoyé ce petit courrier en septembre, que j'ai rangé dans mon portefeuille et qui me suit maintenant partout. Toi qui m'as faite pleurer pour de si belles raisons...

Je suis si fière de toi. Continue ton chemin, aies confiance en toi et en l'homme que tu vas devenir. Sois fier de toi comme nous le sommes, car tu as toutes les raisons de l'être.
Et tu sais quoi? Merci, je suis fière, tellement fière d'avoir été ta maîtresse.





Chasse aux oeufs


lundi 16 janvier 2012

Métier rêvé : maîtresse

Il y a quelques temps, j’ai été gentiment invitée à venir m’installer au coin du feu pour parler de mon métier. Et franchement, j’adore piailler comme une pie papoter donc j’ai dit oui. 

Cette histoire commence il y a … euh… longtemps. Vous vous souvenez de votre première rentrée au collège ? Celle où pour la première fois ces curieux de profs vous demandent de rédiger votre mini-biographie, histoire de savoir si vous appartenez à l’élite de la nation (père et mère profs, par exemple) ou bien si vous serez le petit pénible près de la fenêtre qui regardera la neige tomber de novembre à mars. Non, pardon je digresse là…ne vous méprenez pas, je les aime bien les profs. Enfin, je les admire. Pour deux raisons : ils réussissent à gagner bien plus de pognon que moi en bossant moins d’heures et en n’enseignant qu’UNE matière (les filous !) et en plus, ils supportent à longueur de temps des gamins dont les hormones entrent en ébullition dès 0°C, en pleine période ingrate adolescente. Franchement, ils sont admirables.

Donc moi, j’avais 12 ans quand j’ai rempli ma première fiche. Et arrivée à la rubrique « que veux-tu faire plus tard ? » je me suis arrêtée deux minutes. Ah bah oui…bonne question ! Je crois vraiment que je voudrais être maîtresse quand je serai grande. C’est donc ce que j’ai écrit. Et récrit lors de chaque nouvelle rentrée.
Une fois arrivée au lycée j’avais fait des recherches, et j’écrivais désormais « professeur des écoles ». Même métier, mais juste une appellation pour faire croire qu’on était à égalité avec les profs de collège et lycée (mouhahaha). 

En terminale, une fois mon bac décroché (une réussite, le bac, d’ailleurs, j’ai réussi à l’avoir malgré un 7 en philo -coeff 7, voyez-vous…- après avoir accumulé des notes de fou pendant l’année, c’est assez étonnant la philo, très…comment dire ? …objectif. Oui, c’est ça. Objectif. La preuve.) je me suis engagée pour la fac. Lettres ? Anglais ? Entre les deux mon cœur balance. En cours d’année, j’avais opté pour l’anglais (c’est d’ailleurs pour cela que je partirai un mois au pair aux Etats-Unis après mon bac) mais finalement les Lettres m’ont appelée à elles et j’ai fait mes trois ans de fac entre littérature comparée, ancien français, latin…Et quelques matières diverses et variées censées me préparer au concours. LE concours, mon sésame pour exercer ce métier dont je rêve. Eh ouais, j’ai suivi un parcours pluridisciplinaire. La classe ! Des maths (niveau 3ème), de la bio (beurk), de la physique (humpf)… inutile de dire qu’une fois licenciée, j’ai poussé un énooooorme ouf de soulagement !

Entre temps, j’ai passé le concours d’entrée en PE1 (comprenez le « faux » concours : juste celui qui te donne le droit d’entrer à l’IUFM pour faire semblant de préparer le vrai concours). Comme je l’ai eu, en septembre je rentre à l’IUFM (nommé Institut Universel des Formateurs Médiocres par moi-même). L’IUFM, c’est cool : on y rencontre des gens fort sympathiques (si on excepte le fait que la plupart pensent que tu es potentiellement là pour leur piquer leur place et que donc ils te rabâchent à longueur d’année que le concours, on l’a pas du premier coup, surtout pas dans notre département, qu’il faut le passer partout où on peut, que machinchose l’a passé 6 fois avant de l’avoir…), on s’éclate en cours (parce qu’on papote avec ses camarades hein, pas pour le côté passionnant des choses), on découvre pleins de trucs sur l’enseignant qu’on ne devra surtout pas être (en regardant les formateurs et en se disant qu’on doit AB.SO.LU.MENT ne pas leur ressembler). Et on prépare ces putains d’oraux de fin d’année. Dans le stress, la compétition et la gaieté (ou pas). Le concours de PE (Professeur des écoles) c’est quand même un truc hyper stressant, je me souviens notamment des oraux comme si c’était hier. L’épreuve de danse, où pouvoir danser quand une de tes examinatrices discute sur son téléphone portable en te regardant distraitement et que les autres candidats sont collés à la vitre pour (au choix) t’admirer (rêve !) ou espérer te voir chuter. L’entretien professionnel, où la deuxième examinatrice finit par demander au premier d’arrêter ses questions débiles qui visent à déstabiliser la candidate (et qui au final te colle un 17, merciii Mdame !). L’anglais, ou comment préparer une épreuve en 1h sous une chaleur plombante en essayant de réfléchir dans une langue qui n’est pas ta langue maternelle.

Et finalement… je l’ai eu ce fichu concours. Du premier coup connards. Et dans mon département bande de nazes. J’ai gagné le droit de passer un an de plus dans les locaux de l’IUFM mais cette fois je serai payée pour… ce qui allège le poids des heures de formatage formation. Une année de galère plus tard (pendant laquelle j’ai réalisé que je n’étais pas-et ne serai jamais- un mouton), mon année a été validée et je suis officiellement devenue une feignasse d’instit professeur des écoles.

Ma première vraie rentrée est arrivée, dans cette classe où j’avais du apprendre à prendre mes repères, imaginer ce que pourrait être ma vie désormais, 4 jours oui seulement quatre par semaine, 6 heures par jour avec 4 niveaux d’élèves. Je suis arrivée si tôt ce matin-là…

La suite… la suite, c’est un boulot que j’aime, des galères, de la fatigue… et tu pourras la lire ici, chez Chronique d’un congé parental !

lundi 7 novembre 2011

Bonne fête maîtresse!

 Ce matin, 20 voix se sont élevées toutes en chœur à l'arrivée à l'école... Pour le plus grand bonheur de ladite maîtresse!

Aujourd'hui, je suis venue te parler un peu de mes élèves. Du bonheur que j'ai ou pas à partager mes journées avec eux, même si des fois ils sont carrément chiants un peu pénibles. Mais pourquoiiiiiiiii je les aime????

Parce que ce sont parfois de vrais amours  (vise un peu la collec de dessins très classes, et de colliers et bracelets étranges que je porte parfois)

Parce que j'adore littéralement voir leurs yeux pétiller en me disant que "Ça y est, j'ai compris", comme s'ils avaient résolu le plus grand mystère de tous les temps (genre qui était vraiment la bête du Gévaudan, ou bien pourquoi la vache-qui-rit rit?)

Parce que j'aime faire des gâteaux avec eux et surtout les manger

Parce qu'on kiffe se réunir sous l'arbre ou dans un coin de la classe le soir avant de partir pour que je leur lise un album, un morceau de roman...

Parce qu'on se marre tous ensemble comme des baleines à écouter "Pour louper l'école" d'Aldebert et à imaginer ensemble tout ce qu'on pourrait faire, nous, pour louper l'école (sache que certains de mes élèves seraient prêts à me brûler pour louper l'école les sournois)

Parce que je collectionne les réponses saugrenues aux contrôles. Tu le savais, toi, que le premier roi des Francs, c'était Clovines et qu'au début de son règne, il n'était pas roi, et encore moins crétin?

Parce que je passe toujours un mercredi après midi à emballer soigneusement 21 livres pour que le père Noël leur offre le jeudi avant les vacances.

Parce que des fois  ils me font pleurer quand je leur demande d'écrire de la poésie. Vas-y pleure aussi : "Il n'y a que ma maman pour planter des lilas dans le jardin de mes rêves" Noë, 6 ans.

Parce qu'on vit ensemble 4 jours par semaine, qu'on rit, qu'on pleure, que je me fâche et qu'on fête des anniversaires

Parce qu'on apprend autant, eux et moi

Parce que, vraiment, mon métier, il est carrément chouette!!!

Ce billet est une dédicace à chacun des 20 élèves présents à l'école ce matin et qui m'ont joyeusement souhaité une bonne fête en arrivant... Votre maîtresse vous aime, mes ptits kikis!

lundi 24 octobre 2011

Vacances or not?

Moi, je suis une vraie fille (une chieuse, quoi!)
Ces vacances, je les ai tellement attendues...  Y'a un bon côté avec mes deux métiers (oui, remember, ici) c'est que, quand les vacances arrivent, je suis folle de joie (illusion de repos, bonheur de lever petite elfe de son lit chaque matin pour passer une journée éprouvante avec elle...). Mais franchement...quand elles se terminent, je suis aussi folle de joie! Suis-je bizarre? Anormale?

Mets-toi en situation :
Cela fait maintenant 7 semaines que tu vas bosser seulement 4 jours par semaine (je sais, c'est peu mais crois-moi c'est amplement suffisant). 38 km aller, 38 km retour. Départ de la maison : 6h50, retour 18h. Youhou! Les élèves sont sympas, oui...les 3 premières semaines, quoi! Passé ce délai, ils deviennent...vivants, agités, (un peu) pénibles voire carrément chiants. Et toi, entre extinction de voix (2 semaines cette année, mon record!), projets à lancer, élections de parents d'élèves (marrant comme souvent, les parents qui se présentent sont JUSTEMENT les seuls avec qui tu n'avais pas envie de passer 3 conseils d'école dans l'année), conseil d'école, activité extra scolaire pour essayer de rapporter un peu de sous à la coopérative scolaire, tu cours après le temps...
Les vacances sont donc...bienvenues. Même carrément bénéfiques. Parce que tu vas changer un peu de rythme, casser cette routine tuante. Oui, juste pour ça. Moi, avant, je disais "vivement les vacances, que je me repose". Plus maintenant. Maintenant, j'ai petite elfe. Enfant = utopie de repos.

Pourtant...à chaque fois je me fais avoir comme une bleue : je rêve à mes vacances, aux bouquins que je vais enfin pouvoir lire, aux activités que je ferai avec petite elfe...

Vendredi soir. Journée finie, youpeeeeee, je suis en vacances!
Quand soudain..toc toc toc!!!
"Bonjour! Nous sommes les joies des vacances, pour vous servir!
- Ah?Euh...mais c'est à dire que... je pensais...je croyais...
- Mais non, mais non, maman elfe, y'a pas de "je croyais" qui tienne... les vacances sont là, tu as du pain sur la planche, au boulot et qu'ça saute!"

Et c'est parti...voilà comment sur mes 10 jours tant espérés je vais devoir (dans le désordre) :
Gérer petite elfe si contente de profiter de sa maman qu'elle ne veut que très moyennement siester/se coucher le soir/jouer seule (genre il me semble avoir une excroissance gigotante au bout des bras 24/24)
Gérer aussi plus ou moins sa "demie-soeur" qui va passer la moitié des vacances à la maison et comme papa elfe n'a pas pris de vacances... soit je vais devoir la garder, soit gérer les horaires de centre aéré correctement (et hop, une contrainte de plus)
Repasser toutes les lessives en retard (et à venir)
Amener des lessives tous les jours à ma mère car ma propre machine à laver vient de tomber en panne (la coupable étant une chaussette elfique qui, grâce à sa force surhumaine, a bloqué le tambour de la machine)
Faire les cartons de vêtements d'été
Trier les vêtements trop petits de petite elfe
Réduire en confiture les 10 kg de coings qu'on m'a gentiment offerts
Congeler tous les légumes qui restent au jardin et qui vont être perdus à cause des gelées
Refaire les papiers peints de la maison
Ranger tous les jeux extérieurs qui traînent lamentablement dehors depuis fin août (et donc en jeter une partie...comme la piscine gonflable trouée ou le pistolet à eau qui fuit)

Mais tu n'auras jamais le temps, te dis-tu???
Ah, non, bien d'accord avec toi...la réalité c'est que je vais faire de mon mieux pour en faire un peu et laisser traîner le reste jusqu'aux vacances de Noël (mais pas la piscine, ça fait désordre!).
La réalité c'est aussi qu'à la fin des vacances, crois-le ou non, je serai la plus heureuse des mamans de retourner au boulot... pour être à nouveau folle de joie d'être en vacances 7 semaines plus tard.

Allez...Dis-le que je suis une vraie fille!
Et dis-moi...toi aussi tu es plein(e) de contradictions?

samedi 1 octobre 2011

Tu fais quelle classe? CE1/CE2/CM1/CM2, pourquoi? :-)

Cette question, je l'ai souvent entendue ... et ma réponse avec un grand sourire provoque toujours un "Ah...ben...euh...ça doit pas être facile...et...euh...tu es toute seule?". Moi : nan nan on est pleins mais les autres regardent...ben oui je suis toute seule (et j'aime ça!). C'est donc ça. J'enseigne en "classe unique", enfin, pas vraiment parce que la vraie classe unique, c'est de la maternelle au CM2 ... et même si j'ai le coeur bien accroché du courage, je ne me sens pas l'âme à faire ça. Ca fait maintenant 4 ans que j'enseigne dans ma petite école, 4 ans que je vois grandir mes loulous et qu'on s'adapte les uns aux autres. Et j'aime vraiment ça.

Pourtant... c'était plutôt catastrophique au début mal parti...

Chapitre 1 : l'entrée en matière
D'abord, j'ai pris la suite de la fille d'une conseillère pédagogique (le grand mot qui veut dire que la conseillère en question n'a pas enseigné depuis un petit moment, d'une, et qu'elle est dans les petits papiers des grandes instances, de deux est là pour aider les jeunes et moins jeunes enseignants à être bons)Sympa, la collègue qui m'a précédée. Elle m'a rapidement expliqué ce qu'elle faisait en rapportant après coup que je n'en avais rien eu à battre - alors que je l'écoutais en ayant de plus en plus envie de changer de métier puisque je décodais la moitié de ses paroles... j'étais censée savoir tout ce que j'envisageais avec mes élèves? J'étais censée avoir une idée que ce que signifiait enseigner à 4 cours alors que je sortais de l'IUFM (Institut Universel des Formateurs Médiocres)? Bref... j'étais paumée un peu perdue. Pour couronner le tout, sans penser à mal bien sûr, elle avait annoncé la couleur à la cantinière et à la collègue : "je vous préviens, elle est nulle et elle a eu son poste par pistonnage" (ben voyons, trifoullis-les-oies, 4 niveaux, 1000 mètres d'altitude, à 40 bornes de chez toi, ça c'est du piston... donne moi son nom que je le zigouille).

Chapitre deux : la prise de poste
D'abord, il faut rencontrer la mairie du lieu où tu prends possession de l'école, dans un petit village comme le mien (240 habitants, wahou!). C'est un peu là que les ennuis petits soucis ont commencé. Premièrement, je suis allergique à la craie (nan, ne ricanes pas, c'est pas super drôle), donc j'annonce qu'il faut changer le tableau...gloups. Deuxièmement, je suis allergique aux acariens et ma classe est une vieille classe avec un chouette parquet dont les rainures sont emplies de poussière centenaire(arrête, veux-tu bien?). Ca fait beaucoup pour le maire et son premier adjoint, qui s'empresse de m'éclairer sur les moeurs locales puisque j'ai vraiment l'air d'être une pauvre noeunoeu "de la ville" (attention! insulte suprême dans le monde rural : "t'es une fille de la ville"). Les moeurs locales, donc : "nous avons installé un filet anti-pigeons sous le préau parce qu'ils venaient faire leurs besoins ... vous savez mademoiselle, les pigeons ça fait caca (!!!) . Et merde. Je suis tombée dans un bled où les pigeons chient, par-dessus le marché!
S'en suivirent les petits paris dans mon dos, qui me sont revenus aux oreilles par des gens bien intentionnés-ou pas : "la nouvelle, elle tiendra pas un mois, avec ses trucs d'allergies. Dans un mois, pas plus, nouvelle instit" ; "oh... je sais pas... deux mois, peut être, nan?" Perdu les gars, ça fait maintenant 4 ans et je suis bien installée...finalement vous serez peut être tous partis que moi, j'y serai encore!
Les rapports avec la mairie, c'est jamais simple mais ça fait partie du jeu. Mon avis c'est qu'il faut être ferme et rester sur ses positions. La première année, "on" venait me couper le chauffage chaque soir et chaque mercredi. Quand j'arrivais le matin, il faisait moins de 15°C dans la classe et j'ai pensé qu'on cherchait à me faire mourir de froid pour gagner un pari. J'ai expliqué mon étonnement à la mairie, là où chacun s'est renvoyé la balle du "c'est pas moi", jusqu'à ce que j'annonce que le fois suivante, chaque parent délève serait informé. Stupéfiant! C'est-pas-moi a entendu le message. Chauffage plus jamais coupé. Je dirai même que j'ai la chance qu'on vienne me le remettre 2 jours avant chaque retour de vacances.
J'ai une autre technique, moins avouable. C'est la technique du "je te fous la honte". Je suis mariée, j'ai une petite elfe, je ne suis plus une "demoiselle" de 15 ans. Lassée, donc, de voir le premier adjoint aux bottes crottées de fumier entrer dans ma classe sans frapper en tonitruant "alors, la demoiselle, comment qu'ça s'passe?" , je lui ai balancé bien fort devant tous les élèves : "Madame, s'il vous plaît! Ca se passe très bien, on a du travail et on le fait. Merci. Dégage connard". Plus jamais de tutoiement ni de "demoiselle". Plus de visite impromptue d'ailleurs. Chouette. Bonheur suprême.

Chapitre 3 : la rentrée
Cette fois, ça y est, j'ai bouclé mes premières préparations, j'ai écrit à la main et je ne le referai jamais d'ailleurs TOUTES les pages de garde de TOUS les cahiers de TOUS mes élèves et je suis arrivée avec une bonne heure d'avance à l'école. J'ai l'air bien niaise, il fait presque nuit, je n'ai rien à faire d'autre qu'attendre la gorge nouée et je suis allée aux toilettes me laver les mains au moins 10 fois en 5 minutes.
8h15, les premiers élèves arrivent. Enfin, surtout leurs parents et leurs questions débiles énervantes.
Lui : "C'est votre premier poste, n'est-ce-pas? Vous pensez pouvoir y arriver avec quand même 4 niveaux?"
Moi : "l'année dernière, pendant ma formation, j'avais en stage filé 28 TPS/PS dont 3 non francophones, je devrai y arriver, merci."
Autre lui : "C'est vous qui faites l'anglais? Il est comment votre anglais?"
Moi : "il est très bien, merci. Et le vôtre?"
Et tant d'autres que j'ai rayées de ma mémoire oubliées... Une fois les parents partis et la porte refermée, la magie a opéré et à aucun instant je n'ai regretté d'avoir choisi de garder mon poste lorsqu'on me l'a proposé définitivement. Même si je suis passée de 13 à 19, puis 22 élèves. La magie opère encore chaque matin lorsque j'entends les hurlements pas des enfants dans le couloir.

Chapitre 4 : le quotidien
La classe multi-niveaux, c'est quoi, en vrai?
En vrai, c'est de l'organisation, du boulot (beaucoup) à la maison, du lâcher prise aussi. Il faut savoir laisser l'école à l'école et ne pas trop la ramener à la maison. Sinon ça te dévore, toi et ta vie familiale. Sans parler de ta vie sociale devenue pour quelques temps inexistante.
Tu as changé d'amis et d'aspirations (ta meilleure amie est devenue la photocopieuse recto-verso) et tu rêves à une plastifieuse de compèt ou à un forfait stylos rouges gratuits. Tu kiffes éplucher les catalogues de fournitures scolaires. Tu baves devant le super matos d'EPS trop cher que tu n'auras jamais alors que toi tu as 15 plots, 2 cerceaux et 10 chasubles. Tu parles de tes élèves. Beaucoup. Trop souvent. Toi qui rêvais d'appeler ton fils Enzo ou Théo quand tu en aurai un (si un jour tu as un petit elfe), tu oublies cette idée (tu as trop peur qu'il soit pareil arghhhhh).
Mais le quotidien c'est aussi de vrais bonheurs partagés. Une seconde famille que tu retrouves 4 jours par semaine. Des colères et des joies. Des yeux qui brillent. Des heures passées à choisir les livres de Noël individuellement et à les emballer. Des fous rires partagés. Des centaines de livres lus à des enfants suspendus à tes lèvres. Des balades dans les bois pour bricoler un cadeau de fête des mères. Un petit jardin au fond de la cour pour y ramasser les légumes de la cantine. Des "maîtreeeeeeeeeeeesse?". Parfois aussi des "maman?" lâchés involontairement. Des fois des "je t'aime". Des dessins. Beaucoup trop. Des cadeaux pour ton anniversaire.
Le bonheur, c'est difficile à raconter et mes idées s'épuisent... Je dirai juste qu'enseigner, c'est le plus chouette cadal que la vie m'ait fait après petite elfe, que j'adore ça et que...même si tout n'est pas rose et que je suis loin d'être toujours d'accord avec les directives que je dois suivre, je suis fière d'exercer mon métier en classe multi-niveaux en milieu rural et encore plus fière quand, comme il y a quelques jours... on me dit "Mes enfants viennent d'une école parisienne à simple niveau, et quand je vois le travail que vous tombez avec eux, je vous admire...". Je ne suis pas admirable, certes non mais j'essaie de donner à mes élèves le même niveau que celui qu'ils pourraient avoir à la ville, dans un milieu culturellement plus privilégié et quand on me dit que je réussis...ça fait tout chaud ici...dans le coeur.

dimanche 18 septembre 2011

Le plus beau métier du monde

Non, rassure-toi, je ne suis pas venue te parler d’un film avec Gérard Deux-par-deux en rang, s’il vous plaît. Je suis venue te parler de mon métier. De mes métiers. Pour moi, le plus beau métier du monde, c’est celui que l’on choisit, celui dans lequel on apprend, on partage, on s’épanouit. Les miens, en tout cas, c’est comme ça que ça se passe.

Mon premier métier, c’est d’être une maman. Celui-là, c’est le plus récent puisque ça fait seulement 15 mois que j’y travaille activement tous les jours. Mais crois-moi, c’est un métier tuant passionnant qui te vieillit de 10 ans par an. En tout cas c’est un métier dans lequel on est sans cesse remis en question. Comme disait…euh…ben, moi, en fait ... Etre parent, c’est tout faire de travers pour que son enfant trouve son droit chemin. Je disais donc qu'être maman, c'est le plus beau métier du monde. Quand ses yeux s'illuminent, quand ton enfant te prend par la main, quand il la lâche aussi, quand il te crie dit "maman", quand il te baragouine un "je t'aime"...pour tous ces chouettes moments qui te font chialer comme une madeleine font pleuvoir dans ta maison, c'est le plus beau métier du monde... Bon, c'est pas non plus le plus facile, hein, attention à toi future (ou pas) maman qui ne t'es pas encore lancée. J'ai pas dit que tu ne vas dorénavant vivre que de merveilleux moments au pays des Bisounours une fois que tu auras dépassé ta dépression post-partum autrement appelée baby blues. Des moments difficiles, il y en a aussi. Parce qu'un bébé est livré monté (quoi que...) mais sans mode d'emploi. Parce que des fois il pleure pendant des heures sans que tu saches pourquoi. Parce que des fois tu voudrais juste être à des milliers de kilomètres, alors que tu ne peux plus vivre sans lui. Un enfant, c'est ton plus grand bonheur, ta plus grande fatigue et tes plus grosses remises en questions sans parler de tes quelques kilos en trop parfois. En bref, un enfant c'est la Vie, la vraie avec un grand V.
Je trouve aussi que c'est le plus beau des métiers car il te révèle. Avant, tu n'aurais jamais pensé être si patiente (ou pas), être capable de supporter tout ça même pas pour toi et de savoir donner tant d'amour et tant de toi. Et ce n'est même pas un métier reconnu, personne ne t'apprend à devenir père ou mère (dommage d'ailleurs, parfois...). Tu apprends tout seul et tu découvres qu'il y a toujours dans la vie une chose pour laquelle tu es doué(e).
Voilà, mon premier plus beau métier. Seulement voilà, ça ne paye pas beaucoup plus qu'en amour et, de nos jours, tu ne peux pas te payer grand chose avec de l'amour. Pas sûr que ta proprio va te louer "200g d'amour concentré par jour pour ce suuuuuperbe appart de 27m² balcon inclus" ni que tu vas pouvoir acheter le lait en poudre qui doit d'ailleurs être de la poudre d'or pas possible autrement pour "un gros bisou affectueux et ça ira". Donc, pour pouvoir céder à quelques tentations créées par la société de consommation subvenir un peu aux dépenses de la maison, j'ai un deuxième plus-beau-métier-du-monde.

Mon deuxième métier, c'est maîtresse. Non, ne souris pas lecteur viril (Youhou, l'Homme, es-tu là?). Je suis en vrai professeur des écoles. Enfin, de mon école, ça suffit. Disons que je suis donc la dame que toi, mère d'un grand enfant, tu détestes. Enfin, pas toujours, nan. Mais souvent. Souvent tu me détestes parce que (au choix) :
je fais trop travailler ton enfant
je ne fais pas assez travailler ton enfant
je le vois plus que toi dans la semaine
quand je te parle de lui, je suis complètement à côté de la plaque, ton chérubin n'est "absolument pas comme ça"
je n'ai pas su révéler Einstein qui se cache très profondément en lui
ton enfant m'adore
ton enfant me déteste parce que je suis trooooop méchante et je donne trop de devoirs et en plus je l'empêche de papoter avec son copain qu'il avait pas vu depuis hier à 16h. Et la récré ne dure QUE 15 minutes. Et QUE une fois le matin et une fois l'aprem.
j'ai toujours l'air d'être contente de voir arriver 21 élèves hurlants studieux à la porte de la classe le matin (même si je suis très bonne actrice...euh, oublie ça veux-tu)
je suis toujours habillée de façon un peu saugrenue (elle peut pas faire comme tout le monde, celle-là? Non mais oh!)
MOI, je porte le collier que tu trouves hideux et que tu n'aurais jamais osé porter que ta fille m'a fait spécialement "pour toi maîtresse, pour ton nanniversaire"
ton enfant me fait des dessins super beaux que je peux pas coller sur mon frigo parce qu'il est caché derrière une porte
j'ai eu le culot de faire un enfant pendant l'année scolaire en même temps gestationner pendant les deux mois d'été c'est pas hyper simple  et ton enfant va encoooooore avoir un remplaçant pourri, voire 5 remplaçants en trois jours comme le petit Maxime même que c'est vrai puisque sa mère te l'a dit.
et tant d'autres raisons...

Mais je te rassure, parent que tu es... Moi non plus, je ne te vénère pas toujours :-) Par exemple, quand ta progéniture me dit que "maman elle l'a trouvé nul ton poème elle dit qu'il sert à rien" eh bien...j'avoue que... je n'ai pas spécialement envie de te vénérer ou de t'inviter au repas où je vais gentiment donner quelques heures de mon temps alors que je pourrais faire des milliers d'autres choses cordial de fin d'année. Ou bien encore quand je suis très pressée d'aller à mon rendez-vous chez mon gynécologue préféré qui va me prendre avec 1h de retard pour se venger du mien et que tu as oublié ton enfant à l'école. Ou bien quand tu viens me dire que je pourrais faire mon travail tellement mieux....là, en fait, je ne te hais pas, je souris en coin (quand tu as tourné le dos) et je me promets, la prochaine fois, de te donner les dates du concours pour pouvoir exercer mon métier que tu connais si bien. Note cependant que je ne le fais jamais, ce ne sont que mes menaces en l'air pour me soulager.

Dans mon métier, il y a donc les parents le côté le plus pénible, mais pas que. Il y a eux, les enfants, les vôtres mais aussi (un peu) les miens. Et c'est ce côté-là que je préfère. Parce que chaque enfant est différent et étonnant. Parce que chaque enfant a un potentiel à exploiter. Parce que chaque enfant a quelque chose à m'apprendre. Mon métier, c'est le plus beau du monde parce que je l'aime, parce que voir les yeux des enfants pétiller, parce qu 'un "ça y est, maîtresse, j'ai compris!" ça n'a pas de prix!
Et je sais que j'ai beaucoup de chance, parce que j'ai beaucoup de vacances qui me permettent de profiter de mon enfant et de tenter de me reposer (même si les vacances n'en sont pas toujours, parce que le travail est loin d'être fini une fois la porte de l'école fermée). Même si ce n'est pas tous les jours facile de jongler entre quatre niveaux d'enseignement et la direction de l'école. Même si des fois on se sent seule. Même si on nous demande toujours plus beaucoup de travail avec aucun moyen. J'ai de la chance, parce que mon métier c'est le (deuxième) plus beau métier du monde!