mardi 9 avril 2013

Le jour où j'ai visité une école "alternative"

Vous le savez, j'en ai déjà parlé ici, je ne suis pas très rassurée avec le fait que Petite Elfe entre à l'école en septembre. Pour elle, j'aurais aimé une "autre" école que celle que je connais. Je suis bien placée pour savoir que le souci, ce n'est pas les enfants mais l'Education Nationale qui n'est pas adaptée à la majorité des enfants. Bref.

Aux hasards de facebook, la semaine passée, je découvre l'ouverture en septembre tout près de chez moi d'une école "alternative", un établissement (privé bien entendu) dans lequel on ferait classe selon les pédagogies Freinet et Montessori notamment. Une journée portes ouvertes est annoncée samedi. Et là, à cet instant, je me dis "Wahhhoooooou bingo youpee tralala" et ni une, ni deux je m'inscris à cette rencontre, j'y pense pendant deux jours, je vois avec ma mère comment on pourrait s'arranger pour les trajets l'an prochain, etc. En un mot comme en cent, je suis RA.VIE!

Arrive donc samedi. Le rendez-vous est fixé à 10h, on arrive pile à l'heure et je commence déjà à me dire que zut quand même on aurait pu arriver 5 minutes plus tôt mais bon.
Premier souci : il est 10 heures, il ,n'y a personne, les bâtiments sont immenses et RIEN n'indique où nous devons nous rendre. Etant donné qu'il pleut, me voilà un peu perplexe sur la marche à tenir.
Nous attendons donc dans la voiture l'arrivée d'autres compagnons de galère parents. Ah...les voilà. Tous aussi peu informés que moi, voilà qui me rassure. Ou pas.

Aux alentours de 10h10, nous voyons arriver un homme, très décontracté, qui vient poser des petits panneaux pour indiquer aux gens où se rendre (pour la porte ouverte de 10h, je me dis qu'ils sont bien organisés...). Nous voilà donc parties, Mamie Elfe, Petite Elfe et moi, à la découverte de l'école.
A ce stade-là, il faut que vous sachiez que lorsque je lis "journée portes ouvertes" associé à "ouverture en septembre" et que l'on est au mois d'avril, je m'attends donc à visiter les locaux de l'école où j'inscrirai ma fille, j'imagine un peu que ce sera coloré, j'ai hâte de voir à quoi ressemble une classe Montessori, de pouvoir montrer à ma fille à quoi va ressembler (peut-être) sa rentrée.

Et là...c'est le drame la déception. Nous entrons dans des locaux complètements vétustes, dans lesquels règne un joyeux bordel, un froid qui nous glace et qui ne ressemble en rien à ce qui sera (peut-être) la future école. Une table est posée au milieu d'une pièce, avec quelques gâteaux (très bons au demeurant) et des boissons chaudes.
Des gens plutôt "roots" (je n'ai rien contre hein, mais j'ai envie, quand j'envisage de confier ma fille à des adultes pour toute une année scolaire, de le faire à des personnes en qui je sens que je peux avoir confiance et qui n'ont pas l'air d'émerger d'une courte nuit arrosée de chichon) nous "accueillent à coup de "salut, tu vas bien? jte fais la bise hein". Ok, ambiance.

A partir de ce moment, je commence à me demander ce que je fais là, Petite Elfe glacée accrochée à moi comme à une bouée. J'attends. Encore. Encore. Rien ne bouge.

Il est 11heures, une porte s'ouvre, nous pouvons nous installer dans une minuscule salle de classe des années 60 qui contient environ la moitié des chaises nécessaires. On va pouvoir enfin savoir comment s'annonce l'année scolaire. Un cours débute, très magistral, dans lequel on parle de la motivation extrinsèque/intrinsèque. Ok, je laisse un peu mon esprit vagabonder, je connais tout ça je l'ai appris à l'IUFM (et oui...comme quoi). Ensuite, deux animatrices viennent parler des méthodes Montessori et Freinet (tout en expliquant que l'enseignante Montessori n'est pas venue et qu'elles ne connaissent pas vraiment la pédagogie Freinet). Elles commencent par dire que leurs explications seront un échange, pas du tout un discours magistral comme le précédent. Peine perdue, pendant 30 minutes, elles parlent, parlent, parlent. Montrent un tout petit peu de matériel. Fin de l'explication.
Viendra ensuite la fin du cours magistral, là où on comprendra pourquoi l'école coûte les yeux de la tête (avec un magnifique tableau qui, en outre, présente le coût mensuel de l'école, en semblant oublier que l'on ne va pas payer une école deux mois d'été pour ne pas y venir...), là où on apprendra que si on veut qu'elle ouvre ce sont donc nous, les parents, qui devront faire les travaux, là où on découvrira que l'école sera fermée le mercredi.

Je passe sur les explications savamment distillées qui prouvent par A plus B que cette école est la seule dans laquelle un enfant pourrait s'épanouir et apprendre sereinement, et donc, si tout va bien, en sortant, si tu as décidé de ne pas inscrire ton enfant pour quelque raison que ce soit, tu devrais te sentir coupable de l'envoyer dans un système atroce dans lequel il deviendra un mouton malheureux.
Je passe aussi sur le très sérieux budget prévisionnel qui montre que l'école coûterait moins cher à faire fonctionner avec un poêle à bois (15 euros de moins par mois et par enfant que l'électricité) mais qui ne prend pas en compte le prix d'achat du poêle...hum. Sans compter que l'école fonctionnera parfaitement avec 8 stères de bois par an. En Auvergne. Quelle chance...

En résumé, je suis allée visiter une école fantôme (et qui à mon sens ne verra pas le jour, à moins d'un miracle). J'ai donc compris que, si j'y inscrivais ma fille, cela me coûterait à peu près 300 euros par mois (plus les frais de nourrice pour le mercredi puisque moi je travaille le mercredi), plus les frais de cantine, plus les frais de transports. Que je devrais également  mettre la main à la pâte pour faire que cette école fonctionne (en gros, que je vienne y faire des travaux et que je donne de mon argent aussi pour acheter des matériaux). Et j'avoue que le côté "centre aéré" et "équipe d'animation roots et sympa" m'a complètement déçue. J'ai trouvé que cela donnait un côté non sérieux à l'affaire, en plus de discréditer, à mon sens et de marginaliser plus encore des pédagogies différentes qui, elles, sont très intéressantes.

J'ai bien compris que cette école était le fruit d'une longue réflexion, du rêve de toute une équipe qui souhaite proposer une école différente, une de celles dans lesquelles les enfants avancent à leur rythme, sont heureux d'aller à l'école. J'ai entendu que cela faisait deux ans que le projet mûrissait et qu'ils n'attendaient qu'un lieu pour pouvoir l'ouvrir. Je crois que c'est à ce moment-là que j'ai décidé de partir. Je ne vois pas comment je pourrais confier sereinement ma fille à des personnes qui ont réfléchi deux ans durant à un projet qui semble si peu sérieux.
J'aurais bien laissé ma fille y entrer...pour une semaine de vacances, pour une sorte de "centre aéré" peut être. Pas comme ça. Franchement, j'ai presque eu peur.

J'ai par contre appris qu'une école Montessori était ouverte non loin de la maison depuis quelques années, étant donné qu'ils prennent les enfants à partir de 4 ans, je compte aller visiter celle-là pour me faire une vraie opinion concernant cette école. Concernant une VRAIE école, qui existe.

Voilà...le jour où j'ai essayé de visiter une école alternative fantôme, j'ai décidé que dorénavant je ne ferai plus de plan sur la comète (en carton).

vendredi 22 mars 2013

LA réforme, où en est-on?

Depuis quelques temps, je vois fleurir par-ci par-là quelques questions/critiques concernant la fameuse réforme des rythmes scolaires, mise en route très prochainement. Et comme je sens que comme d'habitude, on risque une fois de plus de taper sur les enseignants, je prends les devants.

Je tiens avant toute chose de dire que je ne vais absolument pas ici exposer mon AVIS mais EXPLIQUER ce qu'il en est, que ce soit plus clair pour tout le monde. Et que je n'exposerai nulle part mon avis, j'ai un devoir de réserve et je m'y tiens.

D'abord, cette réforme, elle consiste en quoi?
Basée sur des recherches de tout un tas de monde (chronobiologistes, experts de ceci ou cela), elle consiste à alléger les journées d'ENSEIGNEMENT (oui, j'insiste, c'est important), qui seraient trop longues pour les élèves et de mieux les répartir sur la semaine, puisque notamment le "trou" du mercredi serait néfastes au rythme de l'enfant et à ses apprentissages.

Et elle dit quoi?
Eh bien, elle dit que dorénavant, la classe sera répartie sur, non plus 8 mais 9 demi-journées. Que chaque demi journée ne devra pas excéder 3h30, que la journée entière sera de maximum 5h30 et que la pause de midi devra au minimum durer 1h30. Voilà. Il est également demandé que les élèves ne sortent pas des locaux trop tôt (pas avant 16h30 si mes souvenirs sont bons) mais sur ce point, des arrangements sont possibles, notre IEN nous a par exemple expliqué que l'on pouvait très bien faire passer les transports scolaires à 16h comme auparavant sans procblèmes.Ensuite, la réforme est demandée pour la rentrée prochaine, mais si certaines communes s'y refusent (pour x raisons telles que le manque d'équipements, de personnel, etc...), elles peuvent demander une dérogation pour exercer cette réforme seulement à la rentrée qui suit. Mais de toute façon, tout le monde y passera.

La réforme, je le disais précédemment, a pour but d'alléger la journée d'enseignement (donc le temps de présence en classe avec l'enseignant) et également de favoriser (théoriquement) l'accès aux élèves à des activités culturelles/éducatives, etc... situées en dehors du temps de classe (avant, sur la pause méridienne ou bien après la classe le "soir").
Je dis théoriquement, puisqu'il est évident que nombre de communes, pour des raisons budgétaires, pour un manque de moyens sur le territoire, par manque de locaux adaptés ne pourront bien entendeu pas proposer une heure par jour de musique/sport/macramé ou que sais-je. Pour beaucoup, cela va se réduire à de la "simple"garderie. Peut-être que cela sera aussi une question de temps, que l'année suivante de nouveaux emplois verront le jour et que les élèves auront une offre d'activités plus étendues. Seul le temps le dire, il em semble.


La réforme, qui la met en place?
Le choix de demander ou non une dérogation pour commencer seulement en 2014 est laissé aux seules COMMUNES. C'est au maire et à son conseil de décider s'ils font le choix de reculer la date, peut-être pour avoir l'expérience des autres et s'appuyer dessus, peut-être pour bâtir des locaux ou autre.
Le choix des nouveaux horaires est aussi une décision FINALE des mairies, mais issue d'un travail préparatoire avec les enseignants. En gros, chez nous, les deux enseignantes et les maires se sont réunies, ont discuté, argumenté, et fait au mieux dans l'intérêt des enfants en priorité (puisque là est quand même le but). Une fois ces horaires "décidés", ils sont envoyés au DASEN (l'ancien Inspecteur d'Académie), qui rendra son verdict et dira si oui ou non il accepte (et s'il refuse, je suppose que le refus sera motivé afin d'engager au plus vite une réflexion appropriée).

Alors, non, on n'a pas demandé l'avis des parents. Je peux entendre que cela ne plaise pas, que ces derniers aient le sentiment d'être trahis. Je sais pertinement qu'il va être difficile de s'organiser, professionnellement notamment, avec des horaires dont on ne vous aura pas demandé au préalable s'ils vous conviennent. Je sais tout cela, je susi une mère aussi.
Seulement voilà. Il était impossible d'organiser ce genre de discussion avec les parents. J'enseigne depuis 5 ans maintenant, je sais très bien ce qu'il en est des réunions collectives qui tournent facilement au pugilat, qui plus est dans ce genre de situation. Déjà dans une toute petite école comme la mienne où se côtoient environ 15 familles, il aurait été impossible de mettre tout le monde d'accord sur les horaires en tenant compte des exigences de chacun, alors imaginez un peu dans une moyenne et grande école. dans des villes qui comptent plusieurs écoles...

Je pense que l'on se doit tout d'être raisonnables. Cette réforme, qu'elle nous plaise ou non, qu'elle nous paraisse adaptée ou non, elle est là. Qu'elle soit venue trop rapidement, qu'elle porte la "marque" que chaque ministre de l'enseignement veut laisser de son passage. Elle commence bientôt, très bientôt.
Je crois que nous devons cesser de nous considérer tous comme les ennemis les uns des autres. Que nous devons, nous enseignants, INFORMER les familles, ne pas laisser planer le doute qui s'insinue dans les foyers grâce aux manipulations médiatiques.

Je crois que nous devons expliquer que, contrairement à ce qu'il est sous-entendu par la presse et la télévision notamment, NON, le but ,n'est pas de faire rentrer l'enfant plus tôt chez lui le soir (et d'ailleurs, combien d'enfants, s'ils sortent à 15h30, se retrouveront seuls pour plusieurs heures à la maison, combien resteront-comme avant- à la garderie jusqu'à 19h?). Le but est d'alléger le temps d'enseignement quotidien et de réorganiser les journées en fonction du rythme biologique de l'enfant.

Je ne dis pas que dans chaque commune de France ce sera le cas. Que les besoins des enfants seront la priorité. Sans doute pas, je suis aussi lucide sur le monde qui m'entoure.
Je sais que nous, nous avons essayé d'agir intelligemment, dans l'esprit premier de la réforme. Et j'espère que ça sera le cas un peu partout. Pour nos enfants, pour leur avenir. Pour notre avenir.

Voilà... si certain(e)s d'entre vous ont des questions auxquelles je n'aurais pas répondu, je vous invite à les poser en commentaire, je m'efforcerai d'y répondre au mieux. Belle journée!

lundi 18 mars 2013

Je n'ai pas envie...

 Je n'ai pas envie de la laisser partir à l'école pour la première fois un matin de septembre, sans moi, alors que je me trouverai à des kilomètres de là, pour ma rentrée, pour celle de mes élèves, mais jamais pour ma fille. Mon sang, ma chair, ma toute petite elfe adorée que j'ai bercée, à qui j'ai lu des centaines de livres. Mon enfant.

Je n'ai pas envie de la savoir évoluer loin de moi dans cet environnement que je connais si bien et dont j'ai si peur pour elle. Ca paraît idiot, je sais. Mais j'ai si peur, peur que sa maîtresse ne soit pas à l'écoute de mon enfant. Peur qu'elle s'ennuie. Peur que son sale caractère la desserve. Peur qu'elle soit jugée sur ma profession. Peur qu'elle n'aime pas l'école. Peur qu'elle aime trop l'école.

Je n'ai pas envie que quelqu'un d'autre prenne le relais des apprentissages. Dieu que je suis stupide.

Je ne suis pas égoïste, je suis sa mère. J'aime terriblement mon métier, j'ai besoin de faire ce pour quoi je me lève chaque matin, j'aime voir briller toutes ces paires d'yeux braqués sur moi. Me sentir utile.
Et en même temps...être enseignante, c'est offrir aux autres ce que l'on sacrifie à ses propres enfants. Passer son temps à rassurer, enseigner, écouter d'autres enfants que les siens. Cette grande famille de coeur, celle avec qui l'on passe tellement de temps et dont notre progéniture ne fait pas partie.

Par dessus tout, c'est le fait de la savoir affronter ce nouveau monde pour la première fois sans moi. Sans la seule main qui n'a jamais fait défaut. Et recommencer chaque matin. Sans moi. C'est comme un abandon. C'est pire que ça. J'ai tellement mal à cette idée, à laquelle je pense (oui, moquez-vous) presque depuis sa naissance. Ce grand jour où nous risquons de ne pas dormir, ni elle, ni moi. Où on se lèvera toutes les deux les yeux embués embrumés des affres de cette longue nuit. Puis on se séparera, doucement, pour mieux se retrouver. Le plus grand moment de sa courte vie et je ne serai pas là pour partager ça avec elle. Son premier pas de grande fille. Sans moi.

Je n'ai pas envie qu'elle rentre à l'école, ma toute petite fille à qui j'ai donné naissance il y aura bientôt trois ans. Ce petit bout de femme qui a avidement tété mon sein en poussant de petits soupirs d'aise, trop peu, trop peu de temps. Cette Petite Elfe qui a illuminé ma vie dont j'ai perdu le sens jusqu'au jour de sa naissance. Ma fée, dont chaque progrès ne cesse de m'émerveiller.

Je n'ai pas envie mais je m'y prépare. Je la prépare, tout doucement. Les couleurs, les formes, les animaux, la vie. Tout ça à la fois. Et je suis fière, si fière de ses bons mots, de ses progrès. De ses longues phrases, de sa mémoire stupéfiante. De sa capacité d'analyse.

Et vous savez quoi? Par dessus tout, je n'ai pas envie... Pas envie de stopper tout ça, de lui couper son élan. Pas envie de la freiner. Pas envie de l'empêcher de grandir. Alors ma foi, vivement. Vivement que je la retrouve le soir, au sortir d'une journée d'école, pour l'écouter raconter. Entendre sa petite voix détailler sa journée. Vivement qu'on prenne toutes les deux un plaisir égal à se retrouver chaque vacances. Vivement qu'elle puisse raconter ses sorties à sa maîtresse.

Etre mère, ou l'art de la contradiction...

lundi 4 mars 2013

En week end à Paris

Alors voilà.
Ce week end, lorsque nous étions en famille chez mon amie Petite Maman, j'ai pris conscience qu'en effet ce n'est qu'une (toute) petite partie de moi que je livre ici. Mon côté calme, romantique, poétique même parfois mais il paraîtrait que du coup, lorsque l'on me rencontre, on découvre aussi une toute autre personne. Pas toujours douce, calme et poétique...

En effet, il semblerait que je sois également (excessivement drôle-selon moi) extrêmement bavarde, super speed et complètement folle/atteinte/givrée/frappée/pas nette.
Bref.

Ce week end, c'était un des plus chouettes week end de ces derniers mois.
Et vous savez pourquoi? évidemment non vous ne savez pas, j'adore poser des questions terriblement ridicules) Eh bien parce que je me suis amusée comme je ne m'étais pas amusée depuis...pfiou...

Tout a commencé par une information anodine : Petite Maman veut aller chez le Suédois (admirez au passage mon aptitude naturelle à rejeter sur autrui les fautes qui m'incombent) s'acheter une nouvelle spatule parce que l'actuelle ne "va pas bien". J'examine ladite spatule, et j'émets un avis très favorable quand à cette dernière. Pour moi, elle est top. Bien joué, je l'ai gagnée.

Après, je ne me souviens plus très bien pourquoi la machine s'est emballée. Peut être parce que j'avais écouté Yann Tiersen dans la voiture, peut être parce que j'avais adoré Le fabuleux destin d'Amélie Poulain, peut être parce que je ne suis rien qu'une folle déjantée. Mais voilà, décision est prise de suivre les folles "tribulations de ma spatule pas ridicule". C'est donc tout naturellement qu'hier, ma spatule a intégré mon sac à main pour partir visiter Paris.

Ma spatule en week end, à vous les studios!

Tout d'abord, pour visiter Paris, cette ville cosmopolite, une petite leçon d'anglais s'impose.
Where is the spatule? The spatule is in the kitchen!
Ok, anglais maîtrisé, on peut y aller.

Quelques slaloms entre des dizaines de milliers de voiture (ah oui, que voulez-vous je viens de la profonde campagne française, la jungle des voitures me terrorise et provoque en moi une -très- légère tendance à l'exagération), nous voilà arrivés au coeur de la capitale, nous activons le pas en direction du restaurant lorsque "gling", retentit un bruit étrange. Mon sac à main ne fermant pas bien à cause d'un objet long et métallique, il a laissé échapper ledit objet sur le trottoir. Je suis donc en plein Paris, sur un trottoir noir de monde, en train de ramasser une spatule sous le regard ébahi des passants. Tout va bien. La spatule aussi, merci pour elle.

Mais nous voilà maintenant bien installés au restaurant, attendant, attendant, attendant...que le serveur se souvienne qu'il nous a oubliés. Il faut bien que le temps se passe. Les enfants s'impatientent, les parents aussi. Mais la spatule, impassible, attend. Sagement.

Elle est choupi, ma spatule, elle a même mis son bavoir. Quelle classe.


Par la suite, mon amie la spatule s'est promenée au bord de la Seine. Oui, il y avait du monde. Oui, certaines personnes ont de l'humour. Oui, d'autres personnes m'ont clairement prise pour une dingue. ce que je suis, probablement.





La spatule a aussi pu admirer Notre Dame (on l'a portée, parce qu'elle était un peu petite pour bien voir)

Après de telles aventures, nous sommes rentrés. La spatule en a profité pour poser. Admirez (ce nom...je ne m'en remets toujours pas)
J'en profite pour remercier cet homme qui a bien voulu prendre la photo, tout seul au bord de la route...Je crois bien que, définitivement, c'est l'homme de ma vie. Le pauvre.





 

Enfin, nous étions tous épuisés. Il était temps pour la spatule de prendre le relais. Elle nous a cuisiné une bonne raclette. Je vous l'avais dit, qu'elle était top!










Mais avant de se coucher...quoi de mieux qu'un peu de sexe pour bien dormir?

Cachez vos enfants, ceci est une scène torride de spatulingus.





Alors voilà. Oui, j'ai un grain. J'aime rire, j'aime jouer. Profiter de chaque instant pour ressentir pleinement le bonheur d'être en vie.
Ecrire un billet décousu dans lequel j'ai du écrire au moins 20 fois le mot spatule. Sans compter tous les saptules que j'ai effacés.
A la vie, à l'amitié et à l'amour...je vous offre ce billet, vous l'avez bien mérité.




Et à bientôt, pour de nouvelles aventures...spatulesques!










mardi 15 janvier 2013

Lettre à l'enfant qui a grandi

Retourner quelques années en arrière, la déposer doucement là, près du lit d'une enfant de 2 ans et partir, sur la pointe des pieds...

Sèche tes larmes, petite fille, tout ira bien... Je sais que la vie n'est pas franchement rose, je sais que maman est très malade et que papa est trop déconnecté de tout ça pour pouvoir t'aider, pour être le rocher sur lequel t'appuyer. Je sais tout ça, car je suis toi. 26 ans de vie derrière moi de plus, c'est tout.

Sèche tes larmes, prends ton courage à bras le corps. Berce doucement maman contre toi, tu es son plus beau sourire, son meilleur allié. Berce-la fort, dis lui que tu l'aimes, bientôt, tu sais, elle sera guérie. Fais-moi confiance.

Sèche tes larmes et invente toi ce monde dans lequel tu t'évaderas des heures durant. Sois une princesse, rêve de chevaliers et de quêtes. Rêve, rêve tant que tu peux. Il le faut, là est la clé de ton enfance. Rêve et lis. Je sais que tu vas dévorer des tas de livres, pour mieux prendre ton envol, pour trouver la destination des rêves qui sont les tiens.

Sèche tes larmes et serre les poings. Il te fera du mal, je le sais. Il blessera ton âme, à défaut de meurtrir ton corps. Fais-en une arme, forge toi une carapace. Tu la perdras le moment venu, crois-moi, même si ça te paraît infiniment trop long.

Sèche tes larmes et laisse-les traverser ta vie comme l'eau coule sous les ponts. Il est écrit qu'ils te feront souffrir, peut être parce que tu décideras toi-même que ce doit être. Au fond, je crois que tu l'attends juste LUI. Il te faudra attendre encore quelques années, quelques déceptions et deux-trois errements de parcours. Mais ça vaut la peine. Oh oui...

Sèche tes larmes, tu seras vraiment une princesse un jour. Robe rouge et diadème d'argent au front. Pas une erreur, une étape de ta vie. Ne regrette rien, le plus beau des cadeaux en découlera. Et puis, tu seras si belle ce jour-là...

Sèche tes larmes, un jour ta fille aura l'âge qui est le tien aujourd'hui. Et un parcours un peu semblable. Tu te surprendras, le cœur serré, à la regarder au fond des yeux et à écrire à l'enfant que tu as été pour t'autoriser à avancer. Pour être heureuse, entière, telle que tu es. Avec tout ce qui fait que tu es toi.

Sèche tes larmes, un jour un homme prendra ton cœur au creux du sien et tu n'auras plus jamais froid...

Sèche tes larmes, la vie te tend les bras. Avec tout son cortège de larmes, de sourires, de feux d'artifices, d'étoiles filantes et de jours enneigés. Avec des vacances inoubliables, la plénitude de donner la vie, la joie de recevoir de l'Amour. Avec des hauts et puis des bas. La vie, tout simplement.

Sèche tes larmes, je ne t'oublie pas








vendredi 21 décembre 2012

Et la semaine de 5 jours fut... (ou pas) (ou presque)

Comme vous l'avez compris, je suis instit. Enfin, plus exactement professeur des écoles. Dénomination soit dit en passant sournoise qui laisse à penser aux gens que l'on serait une sorte de professeur. Mais bien sûr.... y'a qu'à regarder nos salaires pour comprendre que c'est tout à fait ça. Ou pas.
 
Bref, que l'on soit instit, prof' des écoles, éducatrice spécialisée dans l'enseignement pour gnomes change peu de choses. Je crois que si on est ici, c'est par passion, ou par vocation ou appelez ça comme vous voulez. On aime ça. Enfin, moi, j'aime ça.

Les yeux qui brillent, le silence qui se fait. Les rires dans la cour et les chuchotements étouffés. Les lectures communes et les sorties pédagogiques. Les cadeaux pour Noël et les séparations des vacances. Les progrès énormes et les petites victoires.

J'aime mon métier, donc. Et je fais ce que me demandent mes supérieurs (dans la limite de mes capacités disponibles). Sauf que voilà. Faudrait arrêter de nous prendre pour des jambons, non?

Je commence à saturer des annonces incessantes, floues au possible et contradictoires à qui mieux mieux. Je ne sais pas l'année prochaine quel poste j'occuperai, si je travaillerais 4 jours ou bien plus. Si mes horaires vont changer ou pas.

Je ne sais pas si je dois chercher une autre nourrice. Encore moins quoi lui dire sur mes horaires qui ne seront peut être même pas fixés en mai si jamais je change de poste. (pratique, pour septembre...)

Je ne  sais pas. Je ne sais rien. Et j'ai le vague, très vague sentiment qu'on se fout de notre gueule.

De notre gueule à tous d'ailleurs. Les enfants, les parents et les enseignants. On voudrait être celui qui a changé les choses, qui a remis notre beau pays dans le droit chemin de la réussite scolaire et des bons résultats aux évaluations européennes. On oublie trop souvent de penser VRAIMENT aux principaux intéressés plutôt qu'à soi. Et on oublie que par là même on va se casser la figure. Comme tous ceux avant. Comme tous ceux après qui persisteront à vouloir copier les autres, changer pour paraître "meilleurs" mais sans se demander pourquoi le système actuel pêche.

Je suis instit. En classe rurale. Je suis de ceux que l'on oublie, de tous ces "fantômes" de l'éducation nationale que les gens adorent voir en film mais dont même nos supérieurs ignorent gentiment l'existence.

Je suis des "mis à part" des réunions. De ceux qui ne rentrent pas dans les cases. Je suis une instit "pas comme les autres". Je suis la maîtresse, l'infirmière, la prof' d'anglais, celle de musique. Je suis la directrice, je suis un peu parfois une autre maman. Je suis de ceux qui sont seuls dans leurs écoles. De ceux qui se débrouillent. De ceux qui ont peur de voir fermer l'école, de voir mourir un village. De ceux qui s'attachent à ces gamins qui traversent 3 ou 4 ans de nos vies.

Je suis instit et je n'aime pas qu'on se foute de ma gueule. Je n'aime pas qu'on mette en péril l'avenir des élèves sur un coup de tête. Je n'aime pas qu'on oublie que l'égalité des chances, c'est AUSSI penser aux gosses des campagnes. Ceux qui ne vont jamais au musée. Ceux qui vont travailler à l'écurie le soir. Ceux qui parfois n'ont pas d'école parce qu'il a tellement neigé que la maîtresse n'aura pas pu venir. Ceux qui posent leurs fesses 4 ans de suite sur la même chaise dans la même salle devant la même maîtresse. Ceux qui doivent faire 15 kilomètres pour prendre un cours de musique ou de cheval.

Je suis instit et je suis en colère.

Alors à vous qui ne me lirez pas, les ministres et les présidents. les "spécialistes" des rythmes, des enfants et de tout ce que vous voulez.... Quittez deux minutes votre bureau et vos idées étriquées sur un monde qui n'est pas le vôtre. Venez nous voir, venez prendre conscience des réalités de chaque parcelle de ce pays que vous prétendez diriger. Venez apprendre que la France est multiple et qu'elle est belle dans sa multiplicité.

Faites votre métier, mais ne nous empêchez pas de faire bien le nôtre.  Les petits d'aujourd'hui seront les grands de demain et ils ont besoin de nous.



jeudi 6 décembre 2012

Mon arbre...

Mon arbre est incomplet. Il ploie sous la tempête et gémit dans le vent. Mon arbre souffre et a besoin de réponses.

Je ne sais pas d'où je viens. Enfin, si, bien sûr, je sais qui sont mes parents, et leurs parents. Et les parents de leurs parents avant eux. Et puis...ça devient plus compliqué.

Lorsque notre héritage est voilé, lorsque les branches de l'arbre, sans être cassées sont invisibles et ne le seront peut être jamais. Qui est-on? Comment se construit-on, avec cette part de vide en nous?
Comment expliquer cette vague nostalgie qui court dans nos veines? Cette peur incontrôlée d'être abandonnée? Cet amour si fort qui nous lie à notre mère, incassable, immuable. Comme un défi lancé au passé. Comme pour dire que malgré tout, nous, on y est arrivées.

Je ne sais pas d'où je viens. Mais je commence à le découvrir. Ces derniers temps, tout s'est accéléré. Des noms. Des femmes, qui entrent dans notre vie sans frapper alors qu'on les avait cherchées sans savoir ce que l'on aller trouver derrière. Juste ce besoin, si violent. Savoir. Juste savoir.

Étaient-elles blondes, ou brunes? Avaient-elles une fossette au coin des joues et les yeux qui pétillent? Étaient-elles mariées, avaient-elles un foyer au cœur duquel elles trouvaient un certain apaisement?
Et ces pères "inconnus", qui étaient-ils? Quelle est ma source? De quel secret sommes nous issues?

Je cherche des réponses, doucement. Tout en sachant que je ne les aurai probablement jamais toutes.
Je cherche, pendant des heures, sur internet. J'abîme mes yeux à en pleurer. J'épluche les archives, je traque les noms. Je dessine des arbres comme je dessinerai le fil de ma vie qui se remonte. Sans certitudes mais avec de l'amour. Beaucoup d'amour.

J'imagine, aussi. Les secrets qui peuvent être nos origines. La douleur de ces femmes qui abandonnent certains enfants, qui en gardent d'autres auprès d'elle.

Je ne juge pas, surtout pas. Je ne vis pas au XIXème siècle, je ne porte pas le poids des traditions, du mariage. Je ne vis pas dans un monde où avoir 4, 5, 6 ou 10 enfants est courant. Je ne sais pas.

Je cherche des personnes, au-delà de mes réponses. D'autres personnes sur cette Terre dont l'arbre est incomplet et qui ne l'ont jamais su.

Finalement, je crois que je me cherche, moi. Je voudrais trouver ma paix, je voudrais que ma fille soit libéré du poids de ces absences. Je voudrais que l'on construise notre vie, sans traîner le fardeau de ce passé absent mais si présent.

Je voudrais. Et on y arrivera. Je me le promets.